1 février 2014 6 01 /02 /février /2014 19:52

 

L'identité sexuelle est-elle une construction sociale ?
ou les malheurs de Peillon 

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Une « rumeur », prétend le ministère de l’Éducation-peillon, serait à l’origine de l’absentéisme scolaire qui a frappé 200 écoles dans 15 départements le lundi 27 janvier 2014. Certains parents, alertés par Farida Belghoul, refusaient ainsi officiellement que leurs enfants soient les victimes d’une propagande de logiciens modernes, « inventeurs » ou diffuseurs de la « théorie du genre », appelée « gender » outre-atlantique d’où elle nous vient.


Qu’est-ce qu’une rumeur ? Une rumeur est « un phénomène de diffusion par tout moyen de communication formel ou informel d'une information dont la véracité est douteuse ou incertaine et suscitant en général un mécontentement. Par extension la rumeur est un mouvement de suspicion publique à l'encontre de quelqu'un ». Cette définition de La Toupie reprend ainsi celle du Larousse, beaucoup plus simple : « Nouvelle, bruit qui se répand dans le public, dont l'origine est inconnue ou incertaine et la véracité douteuse ».

Certes, il est inadmissible de faire croire que les « leçons » données aux bambins de maternelle comportent des exercices pratiques, notamment la masturbation. Comme j’ai eu l’occasion de le dire à mon amie Geneviève : c’est faire peu de cas de la responsabilité des enseignants que d’ajouter foi à de telles imbécillités. Passons très vite ! « L’instruction » de Farida Belghoul comporte une telle masse d’absurdités auxquelles ses partisans croient sans broncher qu’il n’est pas très surprenant que cette énormité ait trouvé un écho chez des disciples inconditionnels. Mais que le ministère par la voix de son ministre pousse des cris de vierge effarouchée prétendant qu’il ne s’agissait finalement que de favoriser l’égalité entre les hommes et les femmes dès le plus jeune âge, voilà qui est vraiment d’une souveraine hypocrisie ! À moins qu’il ne s’agisse finalement que d’un énième dégonflage… Cette fois la palinodie frise la lâcheté. Ainsi, toutes les voix qui se sont élevées seraient celles d’odieux réactionnaires qui entendent laisser la femme dans un état de servitude confortable pour ses asservisseurs ? Pire : ils entendent ainsi lutter contre un idéal d'égalité entre les hommes et les femmes ! Pitreries mensongères à la Peillon, une fois de plus ! Renforcées par les mensonges éhontés de Najat Vallaud-Belkacem 

http://www.dailymotion.com/video/x1ajjkf_rumeurs-sur-le-genre-peillon-demande-de-convoquer-les-parents_news 

Voyons les faits ! De prestigieuses universités étatsuniennes se félicitent d’avoir introduit dans leur programme l’étude de Gender Trouble : Feminism and the Subversion of Identity de la féministe Judith Butler. Telle est la source de la « théorie du genre », aussi appelée « perspective du genre », ou tout simplement Gender. Butler y défend que le « genre est une construction culturelle ; par conséquent, il n’est pas le résultat du sexe et il n’est pas non plus déterminé comme le sexe ». À quel premier résultat aboutit-on ? « Le genre lui-même devient un artifice libre d’attaches ; “homme”et “masculin” pourraient désigner aussi bien un corps féminin qu’un corps masculin ; “femme” et “féminin”, autant un corps masculin qu’un corps féminin ». Poursuivons !

Le sommet de Pékin, en septembre 1995, fut l’occasion d’officialiser la « perspective du genre ». Son Comité directeur proposa la définition suivante : « Le genre se réfère aux relations hommes et femmes basées sur des rôles socialement définis que l’on assigne à l’un ou l’autre sexe ». Devant le danger d’incompréhension de certains délégués, Bella Abzug compléta ainsi cette définition : « Le sens du mot “genre” a évolué, se différenciant du mot “sexe” pour exprimer la réalité selon laquelle la situation et les rôles de la femme et de l’homme sont des constructions sociales sujettes à changements ». Partant de ce principe, il suffisait de conclure à « l’inexistence d’une essence féminine ou masculine » et par conséquent d’une « forme “naturelle” de sexualité humaine ». On découvrit alors que les « féministes du genre », enseignantes dans les Universités étatsuniennes, s’étaient armées de tout un arsenal définitoire pour imposer leur théorie :

- Hégémonie : dans ce contexte, désigne l’ensemble des concepts universellement acceptés comme naturels et qui sont en réalité des constructions sociales ;
- Déconstruction : tâche qui consiste à faire passer de l’hégémonie au constat de « construction sociale » ;

- Patriarchat : institutionnalisation du pouvoir de l’homme sur la femme ;

- Perversion polymorphe : le désir sexuel n’est pas le résultat d’une attraction naturelle pour le sexe opposé mais celui d’un conditionnement social ;

- Hétérosexualité obligatoire : un des principes pervers de l’hégémonie qui fait croire qu’il existe deux sexes qui s’attirent naturellement ;

- Orientation sexuelle : Toutes les formes de sexualité existent ;

- Homophobie : terme qui sous-entend que le préjugé contre les homosexuels plonge ses racines dans l’exaltation des tendances homosexuelles.

Le même cours intitulé « Ré-imaginer le genre » enseigné dans ce Collège américain précise qu’il est désormais inadmissible de devoir se contenter d’une « tolérance » du lesbianisme comme « style de vie différent » du fait que le genre n’est qu’une « construction sociale ».

Et la conclusion s’impose déjà à ce stade et l’on comprend mieux dans ce contexte pourquoi pour les socialistes hollandiens il fallait en passer par le mariage homosexuel et la déconstruction de la famille traditionnelle : « Le genre implique une classe et la classe présuppose l’inégalité. Lutter en priorité pour déconstruire le genre conduira beaucoup plus rapidement au but ».

La « théorie du genre », la déconstruction de la famille ne seraient-ils, finalement, que des principes marxistes complémentaires de celui de lutte des classes ? Tout s’éclaire. Il ne s’agit donc pas de se contenter d’une parité entre les hommes et les femmes. Christina Hoff Sommers, la première, dénonce cette outrance : « La féministe pour la parité [femmes-hommes] considère que les choses se sont bien améliorées pour la femme ; le « gender feminist » pense que les choses vont de mal en pis » (Interview accordée à « Faith and Freedom » en 1994).

Dale O’Leary, une des tenantes du « gender feminism »  montre bien qu’une fois éliminée la propriété privée, facilité le divorce, accepté l’illégitimité, éliminée aussi la religion (SIC !), le marxisme serait voué à l’échec si l’on se contentait de solutions économiques SANS S’ATTAQUER DIRECTEMENT À LA FAMILLE véritable cause des classes. La féministe Shulamith Firestone, elle, affirme péremptoirement : « L’objectif final de la révolution socialiste était non seulement d’en finir avec les privilèges de la classe économique, mais encore avec la distinction même qui existait entre les différentes classes économiques. Le but définitif de la révolution féministe doit être non seulement d’en finir avec le privilège masculin mais encore avec la distinction même des sexes : les différences génitales entre les êtres humains ne doivent plus avoir d’importance culturellement parlant » (The Dialectic of Sex, Bentam Books ; New York, 1970). 


Mais la nature, objecterez-vous. Firestone encore répond très facilement à cette objection : « Ce qui est “naturel” n’est pas nécessairement une valeur “humaine”. L’humanité a commencé à dépasser la nature ; nous ne pouvons plus justifier le prolongement d’un système discriminatoire de classes par sexes sur la base des origines. […] Il commence à devenir évident que nous devons nous en défaire » (Ibid.)

Toute différence “naturelle” entre les hommes et les femmes doit donc être niée dans cette guerre à la nature. Aussi ces « gender feminists » vont-ils en toute logique jusqu’à dénigrer la notion de « respect » autant que celle d’ « irrespect » car l’une comme l’autre participent de la même reconnaissance d’une différence !

Mais à quel stade de cette construction mentale, hautement politique finalement, intervient notre ministre Peillon. Bien sûr que c’est prévu, programmé, codifié. Le but des promoteurs de la « perspective de genre » est donc de parvenir à construire une société sans classe de sexe. Pour ça, il faut déconstruire un certain nombre de « stéréotypes » sur lesquels on a bâti nos sociétés : masculinité et féminité, relations familiales père, mère, mari et femme, professions ou occupations socialement attribuées, reproduction biologique fondée sur la différenciation sexuelle... Or, tout passe par l’éducation. Il convient donc, logiquement, de déconstruire aussi l’éducation. C’est ce que propose, entre autres, la présidente d’Islande, Vigdis Finnbogadottir : « L’éducation est une stratégie importante pour changer les préjugés concernant les rôles de l’homme et de la femme dans la société. La perspective du genre doit être intégrée aux programmes scolaires. Les stéréotypes doivent être éliminés dans les textes scolaires et les maîtres doivent veiller à ce que les petites filles et les petits garçons fassent un choix professionnel en toute connaissance de cause, et non sur la base de traditions prédéterminées en fonction du genre » (Conseil de l’Europe, « Equality and Democracy: Utopia or Challenge ? », 9 février 1995.

Alors, rumeur ou pas rumeur ? Le gouvernement a-t-il, oui ou non, tenté d’imposer la « théorie du genre » ou plutôt la « perspective du genre » aux familles françaises sous couvert de proposer à leurs petits une première ouverture sur la nécessité d’une égalité entre les hommes et les femmes ? À chacune, à chacun de se faire une opinion. Mais s’il appert que Peillon, par ailleurs propagandiste d’une religion républicaine nouvelle et irréligieuse, voire areligieuse, tente de détruire les fondements structurels et familiaux de notre pays, il faut qu’il sache que nous n’entendons pas nous laisser faire et que notre résistance sera mesurée à l’aune de son idéologie destructrice. Ni les accusations d’obscurantisme passéiste ni même celles  le visant, lui, personnellement ne sauraient modérer notre détermination. Oui au socialisme constructif, non au marxisme dévastateur !

Bernard Bonnejean


NOTA BENE 
:

Pendant des mois, en 2004-2005, l’éditeur Pierre TEQUI m’a confié la tâche de travailler à la traduction et au rewriting d’un ouvrage élaboré à partir des études du Conseil Pontifical pour la famille. Son titre répond bien à nos préoccupations d'aujourd'hui : Lexique des termes ambigus et controversés sur la famille, la vie et les questions éthiques. La question était donc de savoir ce qui se cachait sous la terminologie technocratique choisie pour désigner des réalités masquées : acharnement thérapeutique vs euthanasie ; avortement vs interruption volontaire de grossesse ; libre choix etc. La « théorie du gender » y occupait les pages 559 à 595. Elles avaient été rédigées par Oscar Revoredo Alzamora, président péruvien de la 
« Commission ad hoc pour la femme », auteur notamment de Dangers et portée de l’idéologie du genre ; par Jutta Burggraf, Docteur en psychopédagogie et en théologie, professeur titulaire de la chaire d’anthropologie de l’« Institut académique international pour les Études sur le Mariage et la famille », auteur de nombreux ouvrages sur la femme et la famille ; et par Beatriz Vollmer de Colles, Docteur en philosophie, professeur à la Grégorienne de Rome et directrice du Département de philosophie à Caracas. Ce fut pour moi une entrée en matière assez fracassante. Ce Gender me parut à ce point farfelu que, passées les premières lignes des exposés, je demandais un rendez-vous à l’éditeur pour lui demander « s’il ne se moquait pas de moi ». Depuis, j’ai appris… 

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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 06:20

 

Chers amis blogviewers,

 

MonOeil-presentent-copie-1.jpg 

Le ®Monœil™ vous appartient désormais autant qu'à mes amis facebookiens et je m'en félicite. J'aimerais pourtant encore l'ouvrir davantage aux curieux et aux lecteurs d'over-blog. Je sais que la tâche sera rude. Vous qui êtes attachés à mes articles partagés au fil de ces années sur plusieurs communautés (les Zinzins d'over [la mienne] ; la Communauté Un Jour Un Poème ; Écrire c'est hurler en silence ; Humeurs, qui abritera le Monœil ; l'Île des Poètes Immortelles de ma très chère amie Samia ; Papierlibre et Résistance 2007), je sais combien vos choix sont exigeants. Vous entendez que les nôtres le soient également. Non seulement le choix de nos thèmes mais parfois jusqu'à celui de nos spécialités quand nous en avons.

Pourquoi demandé-je à un jeu apparemment inoffensif de figurer dans Humeurs ? Peut-être parce qu'il n'est pas si anodin qu'il en a l'air. Je pense que le Bulletin n°3 devait vous aider à le comprendre. Une brave dame me disait sur facebook n'avoir rien retiré de cette leçon du B. n° 3. Je crois reconnaître là une grande consommatrice du ®Monœil™ basique libéré de son substrat philosophique et idéologique. Je lui laisse volontiers l'entièreté de son point de vue. Si elle a retenu qu'il n'y avait rien à retenir, ce sera une leçon possible à tirer de mes explications.

Il me semble pourtant que les théories développées, depuis le drame des Atrides, de l'énigme du Sphinx jusqu'à l'aveuglement « volontaire » d'Œdipe, après la mort de Laïos et l'inceste avec Jocaste, pouvait conduire à ouvrir des perspectives plus fécondes sur les concepts de « connaissance » et de « reconnaissance » liés à la condition humaine, donc à l'humanisme véritable, celui qui refuse de considérer l'homme sans la transcendance. 

Aujourd'hui nous reviendrons à des considérations premières. Je vous propose tout simplement de jouer au ®Monœil™ à l'occasion de la publication des premiers palmarès (en cours). Rien de plus simple : rendez à César ce qui est à César, c'est-à-dire chaque œil à chaque propriétaire. Vous pourriez, peut-être, indiquer vos réponses en commentaires. Je vous promets, si vous êtes intéressés, de revenir résoudre les énigmes.

Voici le premier tableau synthétique : le patchwork de novembre 2013. Il sera suivi du patchwork de décembre, puis de la liste des gagnants avec les récompenses attribuées.

Le ®Monœil™

Patchwork de novembre 2013

Pachwork-novembre-jpg 


Reproduction strictement interdite. 

 

 Amusez-vous bien. Tel est mon plus cher désir

Le Grand Monœillade autoproclamé en exercice,

Bernard Bonnejean  

 


 

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7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 06:00



LE ®MONŒIL™ NOUVEAU EST ARRIVÉ 

« À Monœil clair, clair onyx » 

 

ON LE PRESSENTAIT : quelque chose se préparait qu'on attendait d'autant moins que ce n'était absolument pas prévu. Ce fut la surprise totale à tous les niveaux de l'intelligentsia facebookienne toujours à l'affût d'une nouveauté décérébrante. Comme le Messie en cette période de Noël, « IL » venait affronter les perspicacités, nouveau-né triomphant parmi les bergers et les sages ou tel jadis Œdipe à qui la Shinge avait demandé, sournoise et belliqueuse :

Tί ἐστιν ὃ μίαν ἔχον φωνὴν τετράπουν καὶ δίπουν καὶ τρίπουν γίνεται ;

que l'on traduit communément en français par :

Quel est l'être qui marche sur quatre pattes au matin, sur deux à midi et sur trois le soir ? 

Œdipe qui n'était point sot avait résolu l'énigme en deux temps trois mouvements. Qu'on l'imagine hurlant la réponse après s'être gratté la tête tout heureux d'avoir pu clouer le bec au monstre qui persécutait les Thébains : 

L'homme !!!

Et, mauvais joueur, le Sphinx s'en alla tout piteux se suicider ! Quant à Œdipe, le dieu ne lui laissa pas assez de temps pour savourer sa victoire. S'il avait vécu, il aurait pu raconter cette aventure à ses petits-enfants sur le double mode glorieux/modeste :

Ça m'est venu comme ça, d'un coup ! Les autres ont voulu compliquer les choses à mon humble avis. En fait, oui, il ne pouvait s'agir que de l'homme qui, comme j'ai eu l'occasion de l'expliquer, quand il est enfant marche à quatre pattes, quand il est adulte, se tient sur ses deux jambes et vieux, a besoin d'une canne, sa troisième jambe, pour se tenir en équilibre. 

 

oedipe

INGRES (Jean-Auguste-Dominique), Œdipe et le Sphinx, 1808,

189 X 148, musée du Louvre, Paris.

Quelle tête, cet Œdipe ! Un destin tout tracé ! Au lieu de ça, il avait tué son père à un carrefour et épousé sa mère ! Incroyable ! De quoi alimenter les thèses des psychanalystes freudiens pendant des siècles. Remarquez bien que c'était loin d'être sa faute. S'il les avait reconnus, l'un et l'autre, pour ce qu'ils étaient vraiment, il n'aurait pas commis l'irréparable et n'aurait jamais eu à s'en mordre les doigts. Et à se crever l'œil. Car tel fut le premier châtiment qu'il s'imposa pour prix de son aveuglement — ou de sa lucidité. Était ainsi scellé le drame des Atrides, la descendance d'Atrée, dont Œdipe, l'homme, figure sans doute le représentant le plus accablé par les poètes et les tragiques hellènes.  

Chaque âge a son Œdipe... et ses Antigone. L'une d'entre elles témoigne ainsi de sa mission sur un forum Yahoo :

Œdipe ne voulait plus voir les charlatans avides de pouvoir et de sexe. 
Il ne voulait plus voir la tristesse dans les yeux des enfants et de certains délinquants. 
Il était pourtant roi ! Pourquoi n'est-il pas parti en croisade contre tous ces vices plutôt que d'entraîner sur la route ses enfants dont Antigone. 
Antigone a été à bonne école : elle a préféré mourir pour donner une sépulture à son connard de frère qui la méprisait. Une fois, elle lui a donné une fleur en plastique plutôt que d'épouser le futur roi Hémon et d'avoir un petit garçon avec lui, SON souhait le plus cher. En mourant, elle a entraîné dans la mort tous ceux qui l'aimaient et qu'elle aimait. 
Je ne suis pas la nouvelle Ève mais la nouvelle Antigone et je déclare ouverte la guerre aux vicieux et vicieuses de tout acabit et c'est eux qui ont intérêt à se suicider avant que je ne les atteigne. 

La nouvelle ANTIGONE.

Œdipe, Antigone, nouvelle Antigone, morts vaincus de ne plus accepter d'être borgnes ou de ne plus en être cernés, d'avoir voulu contre l'avis de tous, et peut-être contre leur propre instinct de conservation, ouvrir l'œil et le garder ouvert. Morts ? ou pleinement habités d'une utopie jusqu'au jour où s'installe une sorte de torpeur résignée, fruit, dit-on, de la maturité... 

Ont-ils été coupables — au moins responsables — d'avoir voulu porter le monde ou une part de sa vérité sans la permission d'une transcendance ? La question reviendrait à se poser la question de notre libre-arbitre. Le poète Maurice Fombeure y répond ainsi : 


Loisible à Dieu de nous donner des ailes, 
Loisible à Dieu de nous crever les yeux...


Ou de faire en sorte que nous nous les crevions ?  Voilà donc qu'en décembre dernier naissait sur Facebook un Œil nouveau qui se présenta aux consciences comme un jeu de la vérité, le jeu du ®Monœil™. Œdipe n'avait pas reconnu à temps ses père et mère, lesquels ne l'avaient point reconnu 
Le ®Monœil serait donc le jeu de la connaissance et de la reconnaissance. Il s'agirait finalement pour les participants de percer les énigmes de nouvelles sphinges, de reconnaître, par une reconstruction calquée sur la double figure de la synecdoque — la partie pour le tout ou le tout pour la partie — la personne, son identité, sous l'apparence trompeuse de son œil unique. Œdipe est mort de ne pas avoir reconnu son père (le tout) dans ce vieillard Laïos qu'il assassine (la partie), d'avoir couché avec la reine Jocaste (la partie), sa mère (le tout). Reconnaître dans un œil la totalité d'une personne connue et rendue méconnaissable, tel est le défi lancé aux joueurs de ®Monœil

Et au fil du temps, à ce jeu-là certains se sont révélés de nouveaux Œdipe, de nouvelles Antigone. Au point que j'ai décidé de les récompenser. Tel était le thème de ce Bulletin N° 1 du ®Monœil™ dont voici le fac-similé : 

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Et puis — ce n'était pas surprenant en un jeu fondé sur la reconnaissance et la connaissance — est venu le temps des révélations ! Sous la forme de vérités délivrées en bribes autonomes parvenues à l'état conscient grâce aux états semi-inconscients de la somnolence. À ceux qui doutent encore que l'inspiration est un phénomène psychologique, je laisse le soin de lire le Bulletin n°2 du ®Monœil™ dont l'objectif est d'expliquer l'établissement d'une règle à partir de données fournies par une activité mentale involontaire :

 

Bulletin du Monœil n° 2

du 5 janvier 2014 (publié le 6)


LE NOM DU JOUR ou LE MONŒIL DE BASSOMPIERRE

 

Chaque jour devrait porter un nom. Ce peut être le nom d’un saint ou d’une fête liturgique chrétienne, plus rarement d’une autre religion, ou encore le nom d’un événement passé, très rarement d’un évènement en cours de déroulement qui pourra donner plus tard son nom au jour anniversaire. Pour chacun de nous, un jour peut aussi porter un nom puisé dans notre chronologie personnelle.

 

Aujourd’hui, par exemple, nous sommes le 5 janvier. Outre que ce jour revêt une coloration particulière et spirituelle pour tous ceux qui s’efforcent de respecter le dimanche, appelé « jour du Seigneur », il est le jour de la Saint-Édouard ainsi que celui de l’Épiphanie, de la galette des rois. Son nom de Saint-Édouard éveille en moi des exhalaisons d’ancienne monarchie britannique, et des odeurs de chaussettes de luxe pour menton gras-double honni. Le contraste est d’autant plus saisissant qu’à un imaginaire marqué du sceau de la déchéance zolienne, il faudrait ajouter Édouard à la série des Nestor et autres très stylés majordomes. Mais soyons franc, il ne viendrait à l’idée de nommer le 5 janvier « le jour de Nestor » qu’à un nombre très restreint et peu représentatif d’entre nous.

 

De plus, le 5 janvier, disent les chroniques de Wikipedia, c’est dans l’ordre d’apparition : en 1635, la pose de la première pierre de la chapelle de la Sorbonne ; l’ouverture des Folies Bergères en 1869 ; la destitution, en 1916, du général Pétain, remplacé par le général Nivelle sur le front de Verdun ; une mesure gouvernementale française qui fait du 1er mai 1947 un jour officiellement férié ; la première explosion nucléaire souterraine française en 1962.

Juste avant la publication de ce bulletin, notre amie Françoise Kirsch nous a rappelé un haut fait d’armes : le 5 janvier 1477, la bataille de Nancy opposa Charles le Téméraire et le duc de Lorraine René II. Le duc de Bourgogne y fut tué et Louis XI put ainsi s’emparer d’une partie des États bourguignons.

Le fait qu’on puisse en ajouter montre assez que ces événements, pour importants qu’ils soient, à moins de  recevoir un regain d’éclairage à l’occasion d’une circonstance donnée ne peuvent spontanément faire naître un nom à un jour. Sauf cas particulier, il est difficile d’admettre qu’on puisse se lever au matin d’un 5 janvier avec en-tête une célébration évidente : aujourd’hui est le jour de l’ouverture des Folies Bergères. Cependant  pour l’infirmière nancéenne qu’est Françoise et pour une partie des Lorrains le 5 janvier est le jour de la bataille de Nancy. Reste toute possibilité familiale ou personnelle de recourir à un calendrier familial ou personnel : aujourd’hui est le jour où l’oncle Albert a épousé la tante Clotilde.

 

Mais en cette énième nuit d’insomnie, j’ai fait une découverte passionnante. Commençons par marginaliser ces nuits faites pour dormir et où l’on dort. Il est certain que le cerveau y concentre un nombre incalculable d’activités cérébrales qui risquent de se perdre à tout jamais dans un inconscient assez peu enclin à se dévoiler. Que ce travail soit intense, certes, mais laissons aux spécialistes le soin de le décrire. Qu’il soit producteur et fructueux, voilà qui est plus intéressant mais je propose qu’on cueille le fruit sur l’arbre sans remonter à ses racines.

 

Il en est un que j’ai particulièrement remarqué parce qu’il répondait à ma préoccupation du moment. J’ai déjà dit sur facebook que les mixions successives provoquées par une hypertrophie de la prostate favorisait l’émergence de discours plus ou moins cohérents émis par un cerveau encore embrumé par le sommeil mais déjà capable de rendre et de comprendre l’essentiel de sa production. Même si le résultat n’est pas tout à fait cohérent, il n’en est pas moins intéressant dans la mesure où l’activité langagière n’est pas ordrée et freinée par une volonté au maximum de son efficacité. Il serait presque tentant de penser que le langage vit en autonomie du sujet conscient, libre de sa source instrumentale et de ses choix lexicaux. On pense bien sûr à l’Absurde et au Surréalisme, et peut-être plus précisément encore à l’écriture automatique.


Or, ce matin et les précédents, je n’étais pas chargé d’une chaîne construite de mots, mais d’un mot, un seul, qui s’accrochait à moi comme s’il n’entendait pas être si facilement affranchi de la mémoire. En outre, bien que le phénomène ne fût pas assez constant pour en établir une règle, les noms propres étaient plus fréquents, me semble-t-il, que les noms communs.

 

Fort de ces constats, je décidai de tirer immédiatement profit de l'aubaine. Et si, me demandai-je, au lieu d’être le 5 janvier, le nom du jour n’était pas justement celui qui m’était donné. Le matin du 5 janvier, par exemple, « Bassompierre » s’est imposé de façon très aisée. Il est remarquable aussi qu’il reste ancré dans ma mémoire au moment où je composais ce billet, quelque dix heures plus tard.

 

Au terme de cette première expérimentation qui s’est déroulée sur quelques jours – de relative insomnie, il faut le souligner --, j’ai pris la décision suivante : au lieu de parler du « Monœil du jour », je dirai désormais « Le Monœil de Bassompierre » pour hier, comme j’aurais pu dire « Le Monœil de Cunégonde » avant-hier ou aujourd’hui 6 janvier, « Le Monœil de Vatanen », du nom de Ari Vatanen qui s'est imposé à mon esprit dès 4 h 30.

 

Monœil, le jour de Tancrède
Le Grand Monœillade autoproclamé,

Bernard Bonnejean

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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 17:42


Le Monœil d'over

Savez-vous jouer au Monœil ? 

C'est tout simple et déjà sur FB. Tous les jours, mes amis ont à résoudre cette énigme qui peut se résumer en cette question : « À qui appartient le Monœil » ou, désormais passé dans la langue courante : « Qui est le 
Monœil »  ?

Plutôt que de nous lancer dans de grandes explications, prenons un exemple.

Voici votre premier 
Monœil. Un specimen qui ne comptera pas dans le jeu : 

 

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Vous avez reconnu le Monœil, le plus beau du gouvernement actuel. C'est en effet celui de

 

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Najat Vallaud-Belkacem, notre magnifique ministre des Droits des femmes, porte-parole des deux gouvernements Jean-Marc Ayrault. C'était facile, avouez-le ! Voyons maintenant si vous serez aussi à l'aise avec les Monœils déjà proposés à mes amis de facebook. Vous pouvez en dresser la liste, si vous le voulez, en commentaire : 

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Audrey HEPBURN

 

     
                                              
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  Jane BIRKIN  
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Brigitte BARDOT   Benito MUSSOLINI
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Louis-Ferdinand CELINE

 

 

  Cécile de FRANCE             
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Michel AUDIARD Ganaël JOFFO  
                     
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Blaise PASCAL Jean de la FONTAINE  
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VOLTAIRE

 

John NEWMAN
Raymond KOPA
John LITTLETON
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Peter SELLERS 

 

     
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Georgette PLANA   Nadine de ROTHSCHILD
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Yannick NOAH

 

    Léonard de VINCI


Amusez-vous bien ! 

Bernard Bonnejean


 

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 08:08

 


CINQUIÈME SERMON POUR LA FÊTE DE LA TOUSSAINT

(suite et fin)



ŒUVRES COMPLÈTES DE SAINT BERNARD

TRADUCTION NOUVELLE PAR M. L'ABBÉ CHARPENTIER

PARIS, LIBRAIRIE LOUIS DE VIVÈS, ÉDITEUR, 9, Rue Delambre, 1866

 

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L'Ordre des bénédictins en France unit la mémoire de saint Odilon à la fête de saint Maïeul auquel il succéda comme abbé de Cluny pendant cinquante-cinq ans. L’ordre de Cluny rayonnait alors sur toute l’Europe. Odilon est à l’origine de deux œuvres remarquables. D’abord, il instaura la « trêve de Dieu » qui interdisait, sous peine d’excommunication, tout acte de guerre et de brigandage pendant une période fixée par l’Église et par le pouvoir. On lui doit surtout la « commémoration des fidèles trépassés », le 2 novembre. Plus connue sous le nom de « fête des morts », on la confond souvent avec la Toussaint qui la précède. D’ailleurs le sens populaire ne se trompe guère puisque les deux fêtes sont très intimement liées. Odilon est fêté par l’Église le 4 janvier, qui correspond au jour de sa mort en 1049. Il est né en 962 à Saint-Cirgues et a été élu abbé de Cluny en 1049.

 

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Le souvenir de chacun d'eux, comme autant d'étincelles, ou plutôt comme autant de torches ardentes, allume les cœurs dévots. Il inspire une soif dévorante de les voir et de les embrasser, tellement qu'il n'est pas rare qu'ils se croient déjà au milieu d'eux, et qu'ils entrent dans l'assemblée entière des saints, où ils s'élancent de toute l'ardeur et de toutes les forces de leur cœur, tantôt vers les uns et tantôt vers les autres. D'ailleurs quelles ne seraient pas notre négligence et notre paresse, notre lâcheté même, de ne point nous élancer, comme un trait qu'on décoche, de ce monde par de fréquents soupirs, et avec toute la ferveur de la charité, vers ces heureux bataillons ? Malheur à nous à cause du péché, que l'Apôtre reprochait aux gentils, quand il les reprenait parce qu'ils étaient sans affection (Rm 1,31). L'Église des premiers-nés nous attend, et nous négligeons de l'aller rejoindre. Les saints nous appellent, et nous n'en tenons aucun compte. Réveillons-nous enfin, mes frères, ressuscitons avec le Christ, cherchons, goûtons les choses d'en haut. Désirons ceux qui nous désirent, courons vers ceux qui nous attendent, que nos cœurs tendent par leurs vœux vers ceux qui les appellent. Dans la vie que nous partageons ensemble ici-bas maintenant, il n'y a ni sécurité, ni perfection, ni repos, et pourtant combien ne nous est-il pas doux et bon d'habiter en commun avec nos frères ? En effet nous arrive-t-il quelque chose de fâcheux, soit dans le corps, soit dans l'âme, il nous est plus facile de le supporter dans la société de nos frères, avec qui nous n'avons en Dieu qu'un cœur et qu'une âme. Combien plus douce, plus délicieuse et plus heureuse est l'union, que nul soupçon ne trouble, que nulle dissension n'altère, qui nous réunira par les liens indissolubles de la charité parfaite ? Et qui fera que nous ne serons plus qu'un dans le Père et dans le Fils, comme le Père et le Fils ne forment qu'un aussi.

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Mais ce n'est pas seulement la société, c'est aussi la félicité des saints que nous devons désirer, il faut que leur gloire soit pour nous l'objet des plus ardents désirs, aussi bien que leur présence. Il n'y a pas de danger à craindre dans cette ambition-là, et la prétention d'atteindre à leur bonheur n'a rien de périlleux pour nous. Car si nous disons : « Ce n'est pas à nous, Seigneur, non ce n'est pas à nous, mais à votre nom que vous devez donner la gloire » (Ps 113,9), c'est le cri qu'il nous convient de pousser maintenant, car nous sommes encore aux jours où les anges eux-mêmes disent : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté » (Lc 2,14) et dans lequel le Seigneur aussi dit à Madeleine : « Ne me touchez point, car je ne suis pas encore retourné à mon Père » (Jn 20,17). C'est le Verbe de gloire qui parle ainsi. Or le Fils sage est la gloire de son père. La gloire disait donc : Ne me touchez point, ne me recherchez pas encore, fuyez plutôt la gloire, et prenez garde de ne me point toucher jusqu'à ce que nous soyons retournés à mon Père, où toute glorification est pleine de sécurité. C'est là que mou âme sera louée dans le Seigneur, que les âmes douces l'entendent et se réjouissent Ne vous semble-t-il pas que celle qui dans le Cantique des cantiques s'écrie : « Fuyez, mon bien aimé, éloignez-vous » (Ct 8,14), lui a entendu dire : « Ne me touchez point, parce que je ne suis pas encore remonté vers mon Père ? » Voilà pourquoi dans l'hymne de ce jour, nous chantons aussi ces paroles : « Donnez la paix à vos serviteurs, et que vos serviteurs vous rendent la gloire dans tous les siècles des siècles » selon la pensée de l'ange.

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En effet, comme la vie de l'homme est une tentation sur la terre, c'est avec raison que nous devons rechercher ici-bas, non la gloire, mais la paix : la paix avec Dieu, la paix avec le prochain, la paix avec nous-mêmes. « Ô Dieu sauveur des hommes, pourquoi m'avez-vous mis en opposition avec vous et dans un état où je me suis à charge à moi-même (Jb 7,20) ? » Assurément, il n'est pas de lutte plus voisine de moi, c'est une. sédition tout à fait intérieure, une guerre non civile mais domestique, que la lutte des désirs de l'esprit contre la chair, et de la chair contre l'esprit. D’où vient-elle, sinon de ce que vous m'avez mis en opposition avec vous, Seigneur ? Car, pour vous, vous êtes la vraie liberté, la vie, la gloire, la suffisance, la béatitude. Moi, au contraire, je ne. suis que pauvreté et misère, qu'un être misérable, confus et profondément humilié, mort par le péché, vendu au péché. D'ailleurs, ô vous Seigneur, qui êtes la sainte et parfaite volupté, le repos des esprits bienheureux, vous m'avez, dès le commencement, mis en opposition avec l'Éden, la volupté (c'est le sens du mot Éden), dans la peine et le travail. Cependant vous dites : « Convertissez-vous à moi de tout votre cœur » (Joel 2,12). Il faut évidemment que nous nous soyons détournés pour que vous nous exhortiez à nous convertir, il faut que nous soyons en opposition avec vous pour que vous nous invitiez à la conversion. Mais comment nous convertirons-nous ? « Dans le jeûne et les larmes » nous répondez-vous. Ô merveilles, est-ce que vous êtes dans les jeûnes ; les larmes sont-elles votre séjour, habitez-vous dans les gémissements ? Non, non, tout cela est bien loin de vous, et vous, vous êtes infiniment loin de tout cela. Votre règne est dans Jérusalem que vous rassasiez de froment, où il n'y a ni cri, ni douleur, mais où l'on n'entend, au contraire, que des actions de grâces et des chants de louange. « Que les justes, dit le Psalmiste, soient comme dans un festin, qu'ils se réjouissent en la présence de Dieu, et qu'ils soient dans des transports de joie » (Ps 67,3). Comment donc nous convertirons-nous dans le jeûne, les gémissements et les larmes ? Est-ce que le juste doit le trouver dans les transports de joie et d'allégresse, tandis que celui qui n'est pas encore juste ne le trouvera que dans les pleurs et les soupirs ? C'est précisément cela; mais par juste, il faut entendre celui qui déjà a mérité de jouir de la présence de Dieu, non pas celui qui vit encore de la foi. Quant à ces mots du Seigneur : « Je suis avec lui dans la tribulation » (Ps 90,15) ils se rapportent à celui qui marche encore par la foi, non point à celui qui déjà est arrivé devant la face de Dieu. L'un et l'autre justes n'ont bien qu'un même chef, mais ce chef ne se montre pas de la même manière à tous ses membres. Pour les uns, c'est un chef couronné d'épines, incliné sur la croix, afin qu'ils apprennent à s'humilier comme lui. Comme lui, à souffrir les épines du repentir. Pour les autres, c'est un chef glorieux, pour qu'ils soient couverts de gloire par lui, qu'ils lui deviennent semblables en toutes choses, et surtout glorieux, en le voyant tel qu'il est.

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Le second désir que la commémoration des saints allume en nous est donc que Jésus-Christ, qui est notre vie, nous apparaisse comme il leur apparaît, et que, à notre tour, nous apparaissions aussi avec lui dans la gloire. (Col 3,4). Car, en attendant qu'il en soit ainsi, ce n'est pas comme il est, mais tel qu'il s'est fait pour nous, que notre chef nous apparaît, c'est-à-dire non pas couronné de gloire mais d'épines, des épines de nos péchés, auxquelles l'Écriture fait allusion quand elle nous dit : « Sortez, filles de Sion et venez voir le roi Salomon sous le diadème dont sa mère l'a couronné (Ct 3,11). « Ô roi ! ô diadème ! La Synagogue, agissant, non point en mère, mais en marâtre, a placé une couronne d'épines sur la tête de notre roi. Il y aurait de la honte, pour les membres placés sous un tel chef, à rechercher la gloire quand il se montre à eux couvert d'ignominie, sans éclat, sans beauté, sans rien qui y ressemble. Sans doute c'est bien un Salomon, c'est-à-dire un roi pacifique pour le présent, non pas un roi béatifique ou glorifique et il rappelle bien l'éloge que les anges firent de lui quand ils dirent : « Paix à la terre et gloire aux cieux » (Lc 2,14) » Il y aurait de quoi rougir, sous un chef couronné d'épines, à se montrer un membre délicat, surtout quand la pourpre même dont on le revêt n'est point placée sur ses épaules pour lui faire honneur, mais par pure dérision. Et pourtant, on peut voir en bien. des endroits ce jour de fête célébré par bien des gens avec des sentiments d'ambition et dans la bonne chère. Est-ce là célébrer ce jour, ne devrais-je pas dire plutôt que c'est le déshonorer ? Mais ceux qui le passent ainsi rendront compte de leur conduite ; c'est leur fête, ce n'est point celle des saints. Un jour viendra où on n'annoncera plus la mort de Jésus-Christ, et où nous saurons que nous aussi nous sommes morts et que notre vie est cachée avec lui (Col 3,3). Il apparaîtra comme un chef glorieux, et ses membres, glorifiés avec lui, brilleront avec éclat, le jour où il transformera notre corps, tout vil et tout abject qu'il soit, et le rendra conforme à sa tête glorieuse qui n'est autre que lui (Ph 3,21). Que tous nos désirs et toute notre ambition (elle le peut sans crainte) soient d'obtenir cette gloire, si nous ne voulons point nous entendre dire : « Vous ne recherchez que la gloire que vous vous prodiguez les uns aux autres, et vous, ne recherchez point la gloire qui. ne vient que de Dieu » (Jn 5,44).

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Il est bien certain que pour espérer cette gloire et pour pouvoir aspirer à une pareille félicité, nous devons désirer ardemment le cours des suffrages des saints, afin d'obtenir, au moins par leur intercession, ce que nous ne pouvons espérer de nos propres forces. Ayez pitié de moi, ayez pitié de moi, vous du moins qui êtes mes amis (Jb 19,21). Vous connaissez nos périls, vous savez de quelle boue nous avons été formés, vous n'ignorez point notre ignorance, non plus que les ruses de nos ennemis. Vous connaissez les assauts qu'ils nous livrent et notre fragilité. Car c'est à vous, qui avez passé par les mêmes tentations que moi, que je m'adresse, à vous, dis-je, qui avez vaincu dans les mêmes combats, et qui avez échappé aux mêmes pièges, à vous, dis-je, qui, dans la souffrance, avez appris à compatir. J'ose espérer aussi que les anges eux-mêmes ne dédaigneront point de visiter des êtres de leur espèce, d'autant plus qu'il est écrit : « Vous prendrez soin de ceux de votre famille et vous ne pécherez point » (Jb 5,24). Au reste, si je crois qu'il m'est permis de présumer beaucoup d'eux à cause de notre ressemblance avec eux qui sont des êtres spirituels et raisonnables, je crois pourtant que je dois avoir une plus grande confiance encore dans ceux qui ont été les compagnons de ma vie d'homme sur la terre Ils ne peuvent manquer de ressentir une compassion plus charitable encore et plus spéciale pour ceux qui sont les os de leurs os et la chair de leur chair.

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Enfin, en quittant ce monde pour retourner vers leur Père, ils nous ont laissé des gages précieux. En effet, leurs corps reposent en paix au milieu de nous, tandis que leurs noms doivent vivre jusqu'à la fin des siècles, parce que leur gloire n'est pas descendue avec eux dans la tombe. Loin, bien loin de vous, âmes saintes, la cruauté de l'échanson du roi d'Égypte qui, une fois rétabli dans son poste, n'eut rien de plus pressé que d'oublier le saint jeune homme Joseph qui était resté en prison (Gn 40,14). Ils n'étaient pas l'un et l'autre les membres d'un seul et même corps, et il ne pouvait y avoir aucun rapport entre le fidèle et l'infidèle, aucune alliance entre un Israélite et un Égyptien, non plus qu'entre la lumière et les ténèbres. Le mot Égypte signifie « ténèbres », de même que le nom d'Israël veut dire « qui voit Dieu » aussi la lumière était-elle partout où Israël se trouvait. Notre Jésus ne put pas oublier ainsi le larron crucifié avec lui ; il lui tint la parole qu'il lui avait donnée et le fit entrer dans son royaume le jour même où ils avaient souffert ensemble. Et nous aussi, si nous n'étions pas les membres du même chef que les saints, à quel titre leur adresserions-nous aujourd'hui des vœux si solennels et les féliciterions-nous avec tant d'enthousiasme ? Celui qui a dit : « Si l'un des membres est dans la gloire, tous les autres membres participent à sa joie » a dit aussi : « Si l'un d'eux souffre quelque chose tous les autres souffrent avec lui (I Cor 12,26) ». Telle est donc l'union qui existe entre eux et nous que, si nous nous réjouissions avec eux, eux, de leur côté, compatissent à nos souffrances ; que si, par nos pieuses méditations, nous régnons en eux, eux, de leur côté, par leur pieuse intervention, combattent pour nous. Nous ne saurions douter de leur pieuse sollicitude à notre égard, d'autant moins qu'ils ne peuvent être consommés dans la félicité sans nous, comme j'ai eu déjà l'occasion de le dire, et nous attendent jusqu'au jour où nous recevrons aussi notre récompense, au dernier grand jour de fête. Alors tous les membres concourront en même temps à faire un homme parfait avec leur chef glorieux, et Jésus-Christ, notre Seigneur qui est béni par-dessus tout, digne de louange et glorieux dans les siècles des siècles, sera loué avec ceux qui lui auront été attribués en héritage.

 

Saint Bernard de Clairvaux

 

In paradisum deducant te Angeli,
in tuo adventu suscipiant te martyres,
et perducant te in civitatem sanctam Jerusalem.
Chorus angelorum te suscipiat,
et cum Lazaro quondam paupere
æternam habeas requiem.

Que les Anges te conduisent au paradis,
que les martyrs t'accueillent à ton arrivée,
et t'introduisent dans la Jérusalem du ciel.
Que les Anges, en chœur, te reçoivent,
et que tu jouisses du repos éternel

avec celui qui fut jadis le pauvre Lazare. 

Bonne fête des fidèles trépassés 2013.

 

 

Bernard Bonnejean


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1 novembre 2013 5 01 /11 /novembre /2013 23:21

 


CINQUIÈME SERMON POUR LA FÊTE DE LA TOUSSAINT



ŒUVRES COMPLÈTES DE SAINT BERNARD

TRADUCTION NOUVELLE PAR M. L'ABBÉ CHARPENTIER

PARIS, LIBRAIRIE LOUIS DE VIVÈS, ÉDITEUR, 9, Rue Delambre, 1866

 

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Le 2 octobre 1792, le P. Marcel Moreau, cistercien à l’ancienne Abbaye de Lucelle dans la principauté des évêques de Bâle dans le Jura suisse note dans son Journal : 
« Les religieux de Lucelle étant tous expulsés, on a fermé aujourd'hui les portes de l'église abbatiale ». Pour commémorer l’événement, un ex-voto a été apposé dans la chapelle Notre-Dame du Vorbourg à Delémont. Un moine d’aujourd’hui y a vu une « sollicitation » et il a décidé de numériser les œuvres de saint Bernard à l’occasion du 75ème anniversaire de la fondation bénédictine de Suisse Romande et du 850ème anniversaire de la mort de Bernard de Clairvaux. Aujourd’hui, en ce jour de fête de la Toussaint 2013, nous reproduisons le cinquième sermon qui lui est consacré. Les chrétiens et tous les croyants y sont appelés à réfléchir sur la signification de ce mystère ; les agnostiques et les athées à goûter ce chef-d’œuvre littéraire du Moyen-âge.

 

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C'est fête aujourd'hui pour nous, et la solennité de ce jour compte parmi les plus grandes solennités. Que dis-je ? De quel apôtre, de quel martyr, de quel saint est-ce la fête ? Ce n'est pas la fête d'un saint en particulier, mais la fête de tous les saints, car personne de nous n'ignore que cette fête est appelée, et est, en effet, la fête de tous les saints, oui, de tous, non seulement des saints du ciel, mais encore de ceux de la terre. En effet, il y a les saints du ciel et les saints de la terre, et même parmi ces derniers, les uns sont encore sur la terre, tandis que les autres se trouvent déjà dans le ciel. On fait donc en commun la fête de tous ces saints-là, mais ne la fait-on pas tout à fait de la même manière. Après tout, il ne faut pas s'en étonner, puisque la sainteté des uns n'est pas celle des autres, et qu'il y a une différence quelquefois même très grande entre un saint et un saint. Non seulement, parce que l'un est plus saint que l'autre, — cette différence se rapporte plutôt à la quantité qu'à la qualité—, mais sans nous arrêter au plus et au moins, il est certain que les saints sont appelés saints et cela avec vérité, les uns dans un sens et les autres dans un autre. Ainsi, on pourrait peut-être assigner entre les anges et les hommes une différence de sainteté, à laquelle correspondrait une pareille différence de solennité dans la fête. En effet, il ne semble pas qu'on puisse honorer comme des athlètes triomphants ceux qui n'ont jamais combattu, et pourtant, pour mériter un culte différent, ils n'en sont pas moins dignes des plus grands hommages, puisqu'ils sont vos amis, ô mon Dieu, et qu'ils ont toujours été attachés à votre volonté avec autant de félicité que de facilité. Après tout, peut-être pourrait-on croire qu'ils ne sont point sans avoir soutenu des combats. aussi, quand ils ont résisté à ceux d'entre eux qui ont péché, et que, au lieu de se ranger du parti des impies, chacun d'eux s'est écrié : « Pour moi, il m'est bon de rester attaché à Dieu ». Ce qu'il faut célébrer en eux, c'est donc la grâce qui les a prévenus des douceurs de la bénédiction ; ce qu'il faut honorer, c'est la bonté de Dieu qui les a, je ne dis point, amenés à la pénitence, mais détournés de tout ce qui doit amener la pénitence, qui les a, non point arrachés à la tentation, mais préservés de la tentation.

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Dans les hommes, il y a un autre genre de sainteté qui mérite des honneurs à part ; c'est la sainteté de ceux qui sont venus en passant par de grandes afflictions et « qui ont lavé et blanchi leurs robes dans le sang de l'Agneau » (Ap 7,14) qui triomphent enfin après bien des luttes et reçoivent la couronne de la victoire dans les cieux, parce qu'ils ont combattu les légitimes combats. Y a-t-il encore une troisième sorte de saints ? Oui, mais ils sont cachés. Ce sont ceux qui militent encore, qui combattent toujours, qui courent dans la carrière et n'ont point encore obtenu le prix. Peut-être semblera-t-il que je m'avance beaucoup en leur donnant le nom de saints, mais j'ai pour moi le mot de l'un d'eux qui n'a pas craint de dire à Dieu : « Gardez mon âme, Seigneur, parce que je suis saint » (Ps 75,2). L'Apôtre, à qui Dieu avait révélé ses secrets, a dit aussi en termes non moins clairs : « Nous savons que tout contribue au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qu'il a appelés selon son décret pour être saints » (Rm 8,28). Voilà donc comment le mot saint se trouve différemment employé, et désigne tantôt ceux qui sont consommés dans la sainteté, tantôt ceux qui ne sont encore que prédestinés à la sainteté. Mais cette dernière sainteté est cachée en Dieu, elle est close pour nous, aussi est-ce d'une manière cachée que nous l'honorons. En effet, « l'homme ne sait pas s'il est digne d'amour ou de haine, mais tout est réservé pour l'avenir » (Ec 9,1). Que la fête de ces saints se passe donc dans le cœur de Dieu, puisque Dieu sait qui sont ceux qui lui appartiennent et qu'il a choisis dès le principe ; qu'elle se passe aussi parmi ces esprits qui tiennent lieu de serviteurs et ministres et qui sont envoyés pour exercer leur ministère en faveur de ceux qui doivent être les héritiers du salut » (Hb 1,14). Quant à nous, il nous est défendu de louer un homme tant qu'il vit. Comment, en effet. pourrions-nous le louer sans crainte de nous tromper, quand il est manifeste que la vie même n'est pas sûre ? Le héraut céleste nous crie que « nul n'est couronné qu'il n'ait combattu selon la loi des combats » (2Tm 2,5). » Or, entendez de la bouche même du législateur quelle est cette loi des combats. « Celui-là sera sauvé qui persévérera jusqu'à la fin » (Mt,22 et 24,13). On ne sait point quel est celui qui persévérera, on ne sait quel est celui qui combattra selon la loi des combats, on ne sait donc pas non plus quel est celui qui devra recevoir la couronne.

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On doit louer la vertu de ceux dont la victoire est maintenant assurée, voilà ceux qu'il faut exalter dans nos chants de fêtes, et dont on peut, en tonte sécurité, saluer les couronnes avec des transports de joie. Cette nuit, nous chantions aux saints : « Craignez le Seigneur, vous tous qui êtes ses saints » (Ps 33,10) mais ce n'est point à ceux-là que nous nous adressions. Non, ce ne sont pas à ceux qui ont persévéré jusqu'à la fin que nous invitions à la crainte du Seigneur, attendu qu'il est écrit pour eux : « La crainte n'habite plus dans nos contrées ». C'est bien plutôt à ceux qui doivent se tenir dans la plus grande vigilance, à cause de la multitude des périls qui les menacent, qui n'ont point seulement affaire avec la chair et le sang, mais aussi avec les principautés et les puissances, avec les princes du monde, c'est-à-dire de ce siècle ténébreux, et avec les esprits de malice répandus dans l'air (Ep 6,12). Évidemment, ceux qui se trouvent dans une pareille mêlée et qui ont à combattre de près comme de loin, ont bien besoin de se tenir sur leurs gardes. Quand il y a pour eux tant de combats au dehors, il ne saurait manquer d'y avoir des craintes au dedans, aussi est-ce avec raison qu'il est dit : « Craignez le Seigneur, vous tous qui êtes ses saints ». D'ailleurs, toute notre béatitude est dans la crainte de Dieu, si nous en croyons l'Écriture qui nous dit : « Heureux l'homme qui est toujours dans la crainte » (Pr 28,14), et si nous écoutons le Psalmiste qui s'écrie : « Bienheureux tous ceux qui craignent le Seigneur et qui marchent dans ses voies » (Ps 127,1). Mais, bien autrement heureux sont ceux en qui la charité parfaite a chassé toute crainte, qui n'ont plus aucune appréhension dans leurs voies, et qui, dans la maison de Dieu où ils sont maintenant reçus, ne connaissent plus que les cantiques de louange, selon ce que dit le Psalmiste quand il s'écrie : « Heureux sont ceux qui demeurent dans votre maison, Seigneur, ils vous loueront dans les siècles des siècles » (Ps 83,5). Notre félicité donc à nous, et notre fête, en attendant, est dans la crainte de Dieu, tandis que leur fête à eux est tout entière dans les cantiques de louange et dans les chants d'allégresse.

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Voilà pourquoi on ne peut louer en toute sécurité que les hommes qui ne vivent plus de leur vie, mais de la vie de Dieu; la vie de l'homme, en effet, est une tentation continuelle. On est doublement en sécurité quand on ne loue que ces hommes-là, si toutefois, à bien considérer les choses, cette double sécurité ne se réduit pas tout simplement à une. En effet, nous ne saurions craindre avec quelque raison de les louer puisqu'il n'y a personne qui mérite plus certainement qu'eux nos louanges, et nous n'avons pas non plus de motifs pour tarder à les glorifier puisqu'ils sont tellement absorbés dans la gloire qu'ils n'ont aucun besoin de nos louanges. Il n'y a plus de place pour la vanité, là où la vérité occupe seule la place entière. Mais, direz-vous, quelle est la gloire des saints ? Ils ne se glorifient pas eux-mêmes, car il est écrit : « Que votre éloge ne parle point de votre bouche » ( Ps 27,2). Ils ne se louent pas non plus les uns les autres, car ils n'ont d'autre pensée et d'autre penchant que de célébrer les louanges de leur créateur; ils ne peuvent donc trouver le temps de se faire mutuellement des louanges, aussi le Prophète dit-il, comme je vous le rappelais tout à l'heure : « Heureux ceux qui habitent dans votre maison, Seigneur, ils vous loueront dans les siècles des siècles. » Néanmoins, je ne puis admettre que les saints soient dépourvus de gloire, d'autant plus que l'Apôtre dit : « Le moment si court et si rapide des afflictions que nous souffrons en cette vie, produit en nous le poids éternel d'une souveraine et incomparable gloire » (IICo 4,17) et que le prophète avait dit de son côté : « Visitez-nous par votre assistance salutaire, afin que nous soyons comblés des biens que vous réservez à vos élus, que nous goûtions la joie que vous destinez à votre peuple et que vous soyez loués avec ceux que vous avez choisis pour votre héritage » (Ps 105,4). Or, il dit : « Avec ceux, non point par ceux que vous avez choisis pour votre héritage » afin de nous donner à entendre qu'ils partageront la gloire avec lui. Mais si ceux de l'héritage louent le Seigneur, qui est-ce qui louera ceux de l'héritage ? Écoutons les réponses de l'Apôtre : « Alors, dit-il, chacun recevra la louange qui lui sera due » mais de qui la recevra-t-il ? De Dieu » (I Co 4,5). Quelle louange que celle qui vient d'une telle bouche et combien elle est digne d'envie; Quel doux échange de louanges quand il est, en même temps, doux de louer et doux d'être loué.

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Mais à quoi bon les louanges que nous adressons aux saints, à quoi bon célébrer leur gloire et faire parmi nous leur fête ? Pourquoi prodiguer les honneurs de la terre à ceux que, selon la promesse véridique du Fils, le Père céleste honore lui-même ? Qu'ont-ils besoin de nos félicitations puisqu’ils ont tout ce qu'ils peuvent contenir de gloire. C'est vrai, mes bien-aimés, les saints n'ont pas besoin de nos honneurs, et notre dévotion n'ajoute rien à ce qu'ils ont. Mais il y va de notre intérêt, sinon du leur, que nous vénérions leur souvenir. Voulez-vous savoir quel avantage nous avons à leur rendre nos hommages ? Je vous avouerai que pour moi, leur mémoire fait naître en moi un violent désir, un triple désir. On dit vulgairement loin des yeux, loin du cœur. Or, mon œil à moi, c'est ma mémoire, et me rappeler le souvenir des saints, c'est en quelque sorte pour moi, les voir. Voir comment notre lot se trouve dans la terre des vivants, et ce n'est pas un lot médiocre, si toutefois le souvenir, en nous, ne marche point sans la charité. Oui voilà, dis-je, comment notre vie se trouve transportée dans les cieux, non point, toutefois, de la même manière que la leur s'y trouve à présent. En effet, ils s'y trouvent en substance et nous n'y sommes qu'en désir ; ils y sont effectivement présents, nous ne nous y trouvons que par le souvenir. Quand nous sera-t-il donné de nous réunir aussi à nos pères ? De leur être présentés eu personne ? Tel est le premier désir que le souvenir des saints fait naître en nous, que dis-je ? dont il nous embrase. Quand jouirons-nous de leur société si désirable, quand serons-nous dignes d'être les concitoyens, les camarades des esprits bienheureux, d'entrer dans l'assemblée des patriarches, de nous unir aux phalanges des prophètes, au sénat des apôtres, aux innombrables bataillons des martyrs, aux collages des confesseurs, et aux chœurs des vierges, de nous perdre, en un mot, et de nous réjouir en commun dans la troupe entière des saints ?

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Suite et fin demain

Bonne nuit

Bernard

 

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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 10:30

 

Déraisons et Rimes 2012


Carole ROUZET, Edmond THANEL,

Pierre WATTEBLED

 

 

 


Chers amis d’over-blog, de facebook, de google, de twitter, de LinkedIn, 
et d’ailleurs (sites poétiques personnels, blogs, etc.),
 

Frédérique Notez, oui vous, c'est à vous Frédérique que je m'adresse. 

J'aimerais avoir une plume affutée, une plume endimanchée, une sergent-major émérite et somptueuse pour vous distinguer comme vous le méritez. Grâce à vous, je suis entré en poésie sur facebook sous les huées hystériques de rombières en mal de gloire littéraire, sans avoir trop souffert. Nous nous sommes promis mutuellement, souvenez-vous Fred, d'ouvrir un groupe qui ne ferait aucune concession à la médiocrité « barique », du nom du gourou calamistré et obséquieux, Nicolas génuflecteur de ces pimprenelles. Nous y sommes parvenus, n'est-ce pas votre avis ? Au début, Ganaël Joffo et vous, vous aviez du mal à éviter les jugements irrévocables. Au moins, avec vous deux, seule la qualité avait-elle droit au chapitre. Le reste était voué à la géhenne avec les pleurs et les grincements de dents.  

Chère Fred, Gana est partie pour écrire et composer ; vous, qui n'êtes pas l'ouvrière de la première heure puisque vous étiez présente bien avant, je vous remercie d'être demeurée fidèle à notre création.

Et parce que je vous connais bien, que vous seriez vraiment déçue si je n'ajoutais un mot patronnal pour le plaisir du poète Ozten dont l'humour m'enchante, je finirai sur ce mot de reconnaissance envers votre illustre compatriote. 

 

 

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Özten, votre « homeo duplex », qui a écrit ces vers sublimes :


« Onze meester banketbakker
staat klaar om u te verwennen
met huisgebakken lekkernijen
 ! »


Qu'ajouter à cette vérité éternelle dont l'équilibre rythmique coïncide avec l'esthétisme sonore ? Rien, me répondrez-vous, aussi finirai-je par me taire...
 

Bernard Bonnejean


  

 Carole ROUZET

« L'asile des mots : la poésie »

 

Asile de mes mots où donc es-tu caché 

Vas-tu un jour enfin vouloir me libérer ?

Te déplaçant sans cesse au fond de ma pensée

Bousculant mon avenir, rattrapant mon passé 

 

Les faits se sont produits, l'esprit peut oublier

Mais l'asile de mes mots est là pour ressasser

Vieux souvenir, moment présent, rêve à venir

Ces quelques mots rassemblent passé et avenir 

 

Pour ceux qui ont écrit durant de longues années 

Si l'on pouvait un jour assembler bout à bout 

Tous les poèmes jetés sur des bouts de papier

On revivrait simplement sa vie en relisant le tout 

 

La douceur des mots pour la venue d'un enfant 

Ou des craintes des colères et parfois des tourments 

De tendres paroles d'amour qui ont défié le temps

Les tristes mots quand disparaissent ceux qu'on aime tant 

 

C'est là qu'en se lisant on comprend chaque jour 

Que vos mots sont mes mots qu'on se prête tour à tour

Nous entrons dans la danse qu'on appelle poésie

Ou chacun de nos pas… rapproche aussi nos vies  

 

Combien de poètes de renom se sont montrés impuissants à définir leur art ! Qu’est-ce que la poésie ? Jean Rousselot, — Max Jacob voyait dans ses écrits une « chronique de la douleur humaine » , qui a ruiné sa santé en longues veilles pour échapper à la misère de sa condition, répond Pour ne pas mourir.  Ce serait en quelque sorte une définition par la fonction, par l’objectif recherché. Inacceptable pour Rousselot lui-même qui avoue : « Et nul n’a jamais su / Pas même le poète / Ce qu’est la poésie ».  La vie de Rousselot semble nous convaincre qu’au début de l’art poétique il y a un drame, une tragédie cause de mal-être, souvent dû à un deuil. Chez lui, c'est la mort foudroyante, jamais acceptée, d’Henriette Audin, sa mère : « Beaucoup de tuberculose chez nous, de sang craché », constate-t-il avec douleur. Jamais le poète n’échappera à cette perte initiale ; jamais sa poésie n’aura l’effet libérateur qu’on lui prête parfois. Carole ROUZET  n’est pas plus dupe que le poète poitevin qu’on a muté à Rosendaël chez les chtis (sic !) : la poésie est un « asile » mais « pour ressasser », pas pour délivrer. Certes, ajoute-t-elle, « l’esprit peut oublier » ; il n’empêche qu’au passage l’art de dire ne va pas affranchir le poète sans instaurer le désordre, « bousculant [l’] avenir, rattrapant [le] passé ».  La poésie ne cache pas, elle n’édulcore rien, elle n’aide pas à oublier. Ce n’est pas son orientation, si elle en a une, quand elle en a une. De la même façon que Rousselot, perdu dans un Nord qui l’ennuie, reste traqué dans l’obsession du sang craché, alignant les mots comme le prisonnier biffe les jours sur son calendrier, notre poète veut exprimer ses pauvres expériences des « craintes,  des colères et parfois des tourments », distribuant ses « mots quand disparaissent ceux qu'on aime tant ».  Une vision tragique de la poésie ? Le prophète Jérémie est-il lamentable pour nous avoir laissé les cinq poèmes lyriques des Lamentations ? Au reste, Carole ROUZET entend bien nous faire partager aussi « la douceur des mots pour la venue d'un enfant » et  « de tendres paroles d'amour ». Mais ce qu’il faut retenir de sa définition de la poésie, c’est la communion de pensée et de fortunes qui lie les poètes entre eux. Car, dit-elle, leurs mots sont aussi les siens,  « rapproch[ant] aussi nos vies ».  
 

Edmond THANEL

« J'ai dans ma tête »

 

J'ai dans ma tête des paroles muettes qui se heurtent, se bousculent... et puis j'ai dans ma main une plume ramassée dans la lande où mon père a passé du temps, il y a si longtemps, à élever des oies....

 

Pour que les silences de là-haut s'écrivent ici-bas... il faut tremper la plume... dans la bonne substance, celle qui emplira la page blanche... en traduisant en mots écrits et ordonnés les images, les tableaux des silences d'en-haut

 

Dois-je remonter à la petite enfance ? l'encre serait alors le lait blanc du sein de ma maman, celui-là est secret, il a nourri un petit corps qui s'est construit de lui... la plume dans le lait blanc sur une page blanche, c'est blanc sur blanc ou transparent, ça ne se voit pas... ces souvenirs-là sont pour moi...

 

Dois-je retrouver l'encrier émaillé de ma table d'écolier et emplir ma plume de violet ou de bleu foncé, de cette odeur qui imbibait nos tabliers ? je devrai alors confesser mes premiers sentiments, mes regards d'enfants sur les grands ; je devrai en passer par les bobos au cœur, les genous croûtés, les mains écorchées... ces souvenirs-là sont troublants... pour moi... mais pour vous... je ne sais !

 

Dois-je en revenir à mes premières blessures, mes premiers doutes, mes premiers espoirs, mes premières amours, mes premières désillusions ? devrai-je alors écrire à l'encre de mes yeux, de mes larmes, de la sueur d'un corps vivant le parcours initiatique des premiers émois ? aujourd'hui je mets le cahier de ces souvenirs-là dans le tiroir de l'histoire... plus tard on le ressortira.

 

Dois-je enfin faire belle ma plume du présent, du présent d'aujourd'hui, celle des certitudes, des convictions, des indignations, des espoirs... mais serait-elle si belle ? c'est bien ma question à l'instant ! Sans doute devrai-je alors la tremper dans le sang car je vois rouge en ce moment. Je retiens ma colère ; je la dilue dans ces mots blancs, sans reflet... je collectionne des pensées et quand j'aurai trouvé la substance appropriée... j'écrirai sur la page blanche des mots censés vous éclairer...

 

Tout ça pourquoi ? pour dire qu'aujourd'hui, je me tais.

 

Alister chantait en 2008 : « Qu'est-ce que t'as dans la tête ? Qu'est-ce qu'on va faire de toi ? » Ces questions « rhétoriques » qui n'en sont pas ne demandent pas de réponses autres que la contrition parfaite imposée par les menaces qu'elles induisent. Leur fonctionnement très particulier est censé éveiller une prise de conscience chez l'accusé, tout penaud, acculé au silence coupable. Pourtant chez ALISTER comme chez EDMOND THANEL, on déroge à la règle. La question est une vraie question à laquelle on répond. Le premier choisit la dérision : « On va faire de toi un homme. On va faire de toi une femme », certes, mais pas à la façon de Kipling. Résumons : Puisque tu es incapable de te prendre en charge, on va s'occuper de tout même de ton bonheur « On va t'inoculer de l'allégresse. On va t'injecter de la graisse. On va te faire des promesses. On va trouver quelqu'un qui t'aime. On va t'aimer sans conditions, sans raisons, sans fin, sans fond ». Ce n'est pas dit mais on entend bien le « c'est pour ton bien » conclusif, imparable. Une recette plus qu'un projet strict, un programme d'ensemble ! L'art du dressage, de l'inculturation sociale. Edmond THANEL a, lui au moins, le courage de répondre lui même non sous forme d'une litanie de bons procédés comme le chanteur, mais en une série de souvenirs accompagnés de futurs d'évocation. Ce n'est pas une confrontation à proprement parler, mais une sorte de constat d'échec avoué par presque tous les autobiographes. Il existe une frontière entre le temps de l'écriture et le temps de l'expérience, à tel point que l'écriture ne rendra jamais compte des réalités du passé comme si la plume et l'encre étaient étrangères à la main qui les guide. Toute vie commence par une naissance, se poursuit par l'enfance, puis par l'âge mûr pour se terminer dans la vieillesse. Cette similitude neutralise toute tentative de la rendre intéressante, voire édifiante. Il faut y ajouter l'art de l'écrivain, sa technique, son imagination, ses ruses. Sinon, même si la « nostalgie n'est plus ce qu'elle était », la mémoire, elle, est toujours aussi défaillante. Quant au lait maternel, aux souvenirs d'école, aux premières amours, aux premiers espoirs déçus, « que vaut cela, c'est déjà fait ?/ Moi qui suis vieux,/ Trop tard je m'en suis aperçu. » À moins qu' « après avoir trouvé la substance appropriée », l'encre magique où tremper sa plume, le poète finisse par trouver le sésame pour « écrire sur la page blanche des mots censés [nous] éclairer... ». Nous attendrons donc ce moment-là, dans le respect du silence d'aujourd'hui. 

 

 

Pierre WattebledPierre WATTEBLED

« Dans mon coquillage »

 

J’écoute la mer

Dans mon coquillage

La mer

Dans l’étrange langage 

Du vent, et son chant.

 

La mer…

Mère de toute vie,

De nos désirs et envies,

Des larmes aussi 

Qui plombent les nuages.

 

La mer,

De vague en vague,

Qui boit les peines, 

Efface les naufrages

D’une marée à l’autre,

Refait un lit d’amour

Pour nos bains de minuit ;

La mer, 

Sur le rivage d’un été

Souffle la passion

Des amours de passages

Et l’oiseau s’envole

Les ailes ruisselantes,

Après avoir aimé.

 

La mer,

Garde

Pour l’éternité,

Ces instants secrets

Que rien ne peut délier.

Milliards de baisers

Gitant

Aux abysses coralliens…

 

Dans mon coquillage

J’écoute

Cette ardeur lointaine

Dont je ne me lasse jamais

A l’heure où le soleil

S’est soudain endormi.

 

Ainsi, selon la version grecque de la « naissance de l'amour », Aphrodite, fille de Gaïa et d'Ouranos, autrement dit de la Terre et du Ciel, déesse de la beauté, de la séduction et de l'amour, serait née de l'écume de la mer ? Femme du dieu forgeron, elle le trompe avec celui de la guerre, comme quoi... ! Et lorsqu'Aphrodite change son nom pour Vénus, les Romains la flanquent d'un garnement insupportable : Cupidon ! Depuis, l'humanité délicieusement victime regarde la mer différemment. La mer et les coquillages... Car Botticelli est passé par là. Il veut bien, lui, que Vénus soit née de l'écume des eaux, mais il n'accepte pas qu'à la façon d'un bain moussant on cache les attraits qui lui servent d'attributs pas si symboliques que le carquois de Diane chasseresse. Aussi décide-t-il de la mettre sur un socle et quel socle : une coquille Saint-Jacques géante qui lui donne un air de Jésus marchant sur les eaux, si ce n'est que l'un et l'autre sont difficilement assimilables. On sait les déesses très susceptibles. Vénus voulut bien pardonner à Botticelli mais pas à son modèle Simonetta Vespucci, l'épouse de Marco Vespucci et la maîtresse de Julien de Médicis, la plus belle femme, dit-on, de son époque. Elle mourut de pneumonie à l'âge de 22 ans en 1476...  Quant à Arthur Rimbaud, l'auteur d'une « Vénus Anadyomède » qui, « D'une vieille baignoire émerge, lente et bête / Avec des déficits assez mal ravaudés », il est permis de supposer que sa mort prématurée le 10 novembre 1891, à quelque 35 ans pourrait être le prix du sacrilège. Pierre WATTEBLED s'est donc montré très prudent. Son esprit d'enfance l'incite d'abord à écouter la mer dans un coquillage. Je m'inscris en faux contre cette interprétation fantaisiste de Ça m'intéresse : « On perçoit le bruit du sang circulant dans nos vaisseaux sanguins, qui fait une sorte de bourdonnement régulier. Ce bruit [...] s'entend d'autant mieux que l'oreille est en partie isolée des bruits extérieurs grâce à la coquille qui fait barrage ». Et le pire reste à venir « Un pot de confiture vide fait aussi bien l'affaire » (sic !). Horreur du scientisme !! Finalement, c'est Pierre WATTEBLED qui a raison contre l'énormité de l'explication a-poétique. La mer, « mère de toute vie », recèle en son sein « désirs »« envies »« larmes »« peines »« passions »« secrets »« baisers ». Mais tout ce remue-ménage vital ne sera jamais perceptible à ceux qui, les pauvres, ne connaissent rien au langage des coquillages. 

 

Les prochains finalistes, les prochaines critiques paraîtront en... fin 2013, voire début 2014.

Très certainement, à moins que...

À bientôt,

Bernard BONNEJEAN

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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 14:56

 

 

Déraisons et Rimes 2012


Matisse MAKWADA, André OBADIA,

Laurent PSALMON

 

 

 


Chers amis d’over-blog, de facebook, de google, de twitter, de LinkedIn, 
et d’ailleurs (sites poétiques personnels, blogs, etc.),
 

Nour Salam, oui vous, c'est à vous Nour que je m'adresse. 

Je n'ai jamais eu de chance avec les Arabes. L'une est partie pour tribuler avec les Chinois venus de Chine. L'autre, après m'avoir longuement caressé le ventre, a trouvé un job lucratif dans votre pays, l'Algérie et m'a laissé choir comme un vieux colon. Cependant, il faut bien l'avouer : si vous êtes algérienne et musulmane, vous n'êtes pas arabe mais amazigh, autrement dit berbère et plus précisément kabyle. Ce qui ne vous empêche pas de lire, d'écrire et de parler arabe. Autant vous prévenir tout de suite, vous allez en faire rêver du monde !!! 

Nous ne vous remercierons jamais assez, Nour (la Lumière), d'avoir accepté de nous rejoindre dans notre jury. C'est un très grand honneur. 

D'après Charles de Foucauld qui s'est intéressé à la langue tamazhig et plus particulièrement à la langue touarègue, les femmes berbères du Sahara étaient plus particulièrement chargées des chants et de la poésie :

 

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Et pour couronner le tout, vous parlez un excellent français que d'ailleurs vous enseignez.
Merci, chère Nour, je vous remercie  pour le temps que vous passerez parmi nous dans un pays qui ne sait à peu près rien du vôtre ne possédant pas votre langue
 !

 

السلام عليكم، نور 


Bernard Bonnejean


  

 Matisse MAKWANDA

« Lepidoptera »


 

Ces cœurs dénoyautés

 

poussent des gratte-ciels

 

crachent l'écume grise

 

stridentes sirènes au loin

 

au fond fantaisies obscures

 

sous le continent songé

 

Modernité tes entrailles

 

aux racines oubliées

 

un bambou s'élève

 

craquement dans l'esprit

 

sur tes mains l'urbanité

 

chiendent brûlant la bouche

 

eaux éternelles

 

enterrées de bitume

 

nager sous la route

 

éloquence silencieuse

 

et des jambes nénuphars

 

réverbèrent le Temps

 

entre l'âme et les choses

 

de l'écho abyssal surprendre

 

 les ailes de l'océan

 

Matisse MAKWANDA devait certes s'en douter, voire s'en amuser par anticipation. Pour un Français de France, cartésien donc un peu obtus, s'appeler ainsi et se dire canadien, c'est asses déroutant pour ne pas dire extravagant, impensable. Surtout quand on est l'auteur d'un poème intitulé Coleoptera. En réalité, nous avions raison de nous méfier : ce patronyme est du kikongo, une langue parlée en Angola et dans les deux Congo. Pourtant une recherche un peu poussée dans l'Inventaire Etymologique des termes créoles des Caraïbes d'origine africaine nous apprend qu'un makwanda désigne tout ce qui est mystérieux, tout ce qui vient de loin et, par extension, un charme bénéfique ou maléfique lancé de l'extérieur, de l'étrange, donc de l'étranger. En outre, le pluriel makanda dénote la famille, le clan. Voici donc Matisse reconnu comme un créole caraïbe installé au Québec depuis des lustres probablement. Vingila la nwa mambu makwanda, dit le kikongo, c'est-à-dire « attends un peu que j'entende les paroles "venues de loin" ». Et le poème s'éclaire tout à coup. Ces paroles, ces vérités « venues de loin » ne sont pas étrangères ou malheureusement elles le sont devenues non à cause de l'éloignement dans l'espace mais de la distance dans le temps. Tous les exilés connaissent ce malaise : n'étant plus chez eux, ils ne sont plus eux. Deux mondes sont séparés par une masse d'eau considérable : verticalement, les eaux éternelles enfouies sous le bitume d'une cité dont les jambes des habitants et les gratte-ciel sont les succédanés des nénuphars de « là-bas » ; horizontalement, l'immense frontière liquide des « ailes de l'océan », borne « abyssale » qui isole les choses d'ici et l'âme de nos origines. On ne peut que pleurer avec « les cœurs dénoyautés » la perte irréparable des « racines oubliées » car l'on sait ce que peut être « l'urbanité chiendent » qui s'empare des éléments naturels laissant orphelines les âmes de Montréal ou d'ailleurs. Et si, comme j'ai cru le comprendre du texte de Matisse MAKWANDA, nous étions tous des exilés d'un ailleurs disparu, étrangers à la beauté des papillons, chenilles rampantes que nous sommes redevenus, loin de notre terre et de nous-mêmes... Cependant, j'avoue une préférence pour la philosophie d'Africa de John Coltrane. Au moment où le saxophone entame ses variations, respectons « l'éloquence silencieuse » de la profondeur de notre être pour écouter « les paroles "venues de loin" ». 

 

André OBADIA

« Un regard souverain »

 

N’avez-vous jamais vu, derrière la cathédrale,

Cette femme éperdue, seule aux heures matinales.

N’avez-vous jamais cru qu’elle faisait un signe

À l’angle de la rue, d’un petit geste digne ?

Je l’avais remarquée, cette femme incertaine,

Cette femme si âgée, oui, cette femme en peine.

Elle a levé vers moi un regard souverain,

Et j’ai perdu la foi que j’avais au matin.

J’ai senti tout mon être balayé par le vent

D’un très curieux bien être des plus étourdissants.

Elle s’est redressée sans prononcer un mot,

Et m’a comme emporté vers un monde nouveau.

J’ai entrevu des choses plus laides que la mort,

J’ai marché sur des roses, et même sur des corps.

J’ai gravi un chemin bordé d’arbres en feu,

Il n’avait pas de fin, mais c’était merveilleux.

Sur la chaussée rougie par le sang des cadavres,

Je me sentis grandi et devenu de marbre.

La vieille cheminait sans la moindre parole,

Comme elles me fascinaient, ses petites épaules !

Soudain, n’y tenant plus, je déposai ma main,

D’un geste inattendu, presqu’empreint de chagrin.

Elle sursauta alors et me prit par le bras,

Je la revois encore accélérant le pas.

Elle paraissait sereine quand elle m’offrit ses lèvres,

Je m’égarais sans peine dans un élan de fièvre.

Elle me dévêtit dans des gestes sensuels

Et j’avais très envie de suivre son appel.

Elle se donnait à moi oubliant ses années,

J’éprouvais un émoi que je n’osais imaginer.

Je posai sur sa bouche des baisers enflammés,

Et par petites touches mes doigts s’égaraient…

Alors, son visage changea, ses rides disparurent,

Son sourire s’anima, prenant de l’envergure.

Je découvris l’espoir dans cet affreux cauchemar,

De vivre une belle histoire au parfum de hasard.

Et souvent le matin, près de la cathédrale,

Hésitant je reviens en quête de ce graal.

J’espère y retrouver celle qui fit un signe,

Cachée dessous les traits d’une vielle femme indigne.

Mais je sais bien hélas, qu’elle ne reviendra plus,

Je n’ai plus de la grâce qu’un souvenir perdu… 

 

 

 

André OBADIA a rencontré Κλε͂ιω, la muse de l’Histoire. Derrière la cathédrale ? Et pourquoi pas ? Les muses hantent les lieux qu’elles veulent et n’ont de permission à demander à personne. J’avoue que je ne l’aurais pas reconnue, elle qui habituellement tient parfois une guitare dans une main et un plectre de l’autre, parfois une trompette (la fameuse trompette de la renommée) et un volume de Thucydide, le grand historien grec. Elle n’était tout de même pas assise sur un banc, elle qui pose sur un globe terrestre à portée d’une clepsydre. Toujours est-il qu’on nous l’a bien changée notre Clio, elle qui s’ingénie à tricher sur son âge, avec son horloge à eau censée nous montrer, à nous pauvres éphémères, qu’elle, l’Histoire, elle embrasse tous les lieux et tous les temps, mais sous la même figure immuable, invariable, inaltérable d’une jeune fille au corps imputrescible couronnée de lauriers. Tricheuse ! En aurait-elle assez des récits du passé ? A-t-elle fini par comprendre qu’il est bon parfois de se reconnaître âgée de son âge véritable ? Finalement, la clef est sans doute dans cette pensée de Sainte-Beuve qui affirmait fort justement : « Ce bas monde est une vieille courtisane, mais qui ne cesse d’avoir de jeunes amants ». Entendons-nous bien : Clio, l’Histoire, n’a pas décidé de céder à la mode absurde et burlesque de la femme-cougar qui passe pour gâcher son temps à masquer les atteintes physiques, se trompant sur elle-même bien davantage qu'elle ne trompe les autres. Elle est ici, telle qu’en elle-même, « femme éperdue », « femme incertaine », « femme en peine », « vieille femme indigne », témoin du « sang des cadavres », de « choses plus laides que la mort », et qui s’éveille, ou se réveille, à la sensualité d’une « belle histoire [d’amour] au parfum de hasard ». Il n’en fallait pas davantage pour que le héros d’André OBADIA  assiste à une renaissance réconfortante, découvrant sous les rides un peu gommées par le sourire conquérant de « la vieille » « l’espoir dans cet affreux cauchemar ». Ce miracle légendaire du baiser qui réveille la Belle plongée dans un sommeil profond ne pouvait durer. Il faut que le Saint Graal demeure à jamais inaccessible et que l’Histoire, éternellement renaissante, finisse par donner l’illusion d’un « souvenir perdu ». Laissons à la vieillesse « le souvenir des peines passées » qu’Euripide prétendait « agréable » et à la jeunesse le temps de s’en fabriquer. Mais je vous l'accorde : peut-être Paul Géraldy a-t-il raison : « Le souvenir est un poète, n’en fais pas un historien » ?  Encore moins l’Histoire elle-même…

 

 

 

Laurent PSALMON

« Contrebasse »

 

Rondeurs célestes, robe de bois

Cordées de bronze sur touche noire,

De glissando, dièses et bécarres

Tisse ta note dans un émoi.

 

Contrebalance à marée basse

L’archet qui vogue sur flots bretons,

C’est un navire sur plusieurs tons

Un sucre roux dans une tasse.

 

Le divin plonge dans tes mains

Toi ma jumelle du moitié-moi,

Et de dix cordes à deux, vingt doigts

La musique grave nos destins.

 

La basse plaine à contre vent

De folie pleine d’avant, d’après

Un dauphin bleu dans l’océan

Soufflant des croches sur les filets.

 

Ton pic, là, dans le plancher,

Microsillonne nos allégros

À toi le la mi si fa do,

Une quinte de tons sur du papier.

 

Quand à l'école d'antan les enfants écoutaient Piccolo, Saxo et Compagnie, l'histoire des instruments de musique interprètes de leur propre rôle, ils riaient quand c'était le tour de « la grand-mère » avec sa belle voix grave rassurante. Cette préférée de Brassens au quintet de jazz n'était pourtant pas très estimée de l'orchestre symphonique. Si Pierre Nicolas se plut à « peloter la mamie » pendant trente ans, la dame eut bien du mal à se faire accepter. Elle avait pourtant plus d'une corde à son arc : « le la mi si fa do », selon Laurent PSALMON, en réalité le mi la ré sol auxquels les Français ont ajouté le do, une raison supplémentaire pour l'ostraciser. Il faut dire que dès le début, on alla jusqu'à se demander si elle faisait bien partie de la famille. Quand elle naquit au début du XVII° siècle, son père faillit ne pas la reconnaître. Comment, disait-on, cette mémère à la « robe » d'épicéa peut-elle prétendre intégrer la noble famille des violes et violons ? Il fallut un contrebassiste à l'Orchestre national de Lille pour apporter la preuve de sa légitimité. Grâce à Paul Brun, l'enfant trouvée devint commère de la symphonie romantique. À défaut d'avoir gagné ses lettres de noblesse, on cessa de lui contester sa place derrière les virtuoses aristocrates portraiturés par les grands peintres, Georges de la Tour, Le Caravage, Chagall, Braque, Picasso, Raoul Dufy... Il lui fallut encore du temps pour s'émanciper avant qu'enfin on ne lui fasse don de ses propres partitions. Sans doute impressionnait-elle trop par ses remarquables dimensions : de 1,60 m à 2,05 m. Et ses « rondeurs » que Laurent PSALMON qualifie de « célestes » parurent assez inélégantes pour que les dames-comme-il-faut ne compromettent leur pudeur à faire « voguer l'archet » sur les cordes de sa table. Aujourd'hui Patrick Süskind, l'auteur du Parfum lui a consacré un livre : La Contrebasse. Une critique dont je ne sais pas le nom a tenu ces propos assez amusants : « C'est l'instrument de musique qui ressemble le plus à un corps de femme diront certains. C'est un instrument à la fois indispensable et encombrant, diront d'autres. Quelqu'un oserait-il sous-entendre que ces deux propositions n'en font qu'une ? » Pas notre poète, en tout cas, qui fait corps avec « sa jumelle du moitié-moi ».   

 

Bientôt les trois suivants, par ordre alphabétique.

À bientôt,

Bernard BONNEJEAN

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14 mars 2013 4 14 /03 /mars /2013 08:09

 

 

Déraisons et Rimes 2012


Suzanne GALAGHER, Marisol GARCIA MOYA,

Nicole GAUTHÉ

 

 

 


Chers amis d’over-blog, de facebook, de google, de twitter, de LinkedIn, 
et d’ailleurs (sites poétiques personnels, blogs, etc.),
 

Michèle Doige, oui vous, c'est à vous Michèle que je m'adresse. 

Vous avez accepté de vous agréger à notre jury pour l'année 2012 et une bonne partie de l'année 2011, malgré des problèmes de santé que nous aurions reçus comme des explications valables à votre refus. Mieux encore : vous avez décidé de réitérer l'expérience en 2013, preuve de votre tenacité et de votre fidélité. 

Nous ne vous remercierons jamais assez, Michèle. 

Vous êtes une femme de Droit, fonctionnaire d'État, et la correspondance Droit et Poésie n'est pas si incongrüe qu'il y paraît :

 

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« Les juristes, dont je suis (ou je fus) sont liés aux mots, à la langue, à l'écrit. Des Tables de la Loi de Moïse à l'inflation législative, règlementaire et jurisprudentielle de la modernité confuse que nous vivons, nos métiers sont liés aux textes qui instituent et à la parole qui libère. Comparer la langue du droit à celle de la poésie, voilà une drôle d'idée. Je l'ai eue »,
 

avoue BenBloG, l'auteur de la photo, un ancien avocat mué en auteur, photographe et chanteur.

 

Merci, chère michèle, je vous remercie bien sincèrement pour la qualité de vos jugements littéraires, pour votre culture et pour votre fidélité !

Bernard Bonnejean

 

 

 

Suzanne GALAGHER

« Avaleur de joie »

Je ne bouge plus observant ce jour qui ne viendra peut-être pas

 

Il réclame tout de moi

 

Sous sa cape d’avaleur de joie il a osé me donner espoir dans des élans despotes en subtil ravageur d’habitat

il veut que je lui donne ma peau mais je l’ai finement recousue sur moi

pour que ses dents s’empêtrent sous ma cuirasse de fils de soie

 

Avec mes yeux de biche et mon cœur de métal

je lui donnerai mal à mordre mal à me dénaturer

 

Je n’appelle pas la vengeance Cet animal m’a veillée toute la nuit

 

Ses yeux de flammes m’ont regardée  d’une peur viscérale et m’ont glacée

 

Alors que mon souffle trahissait un désespoir la chaleur de sa faim éclatait mes os

 

Peu importe son amour même s’il est véritable

je m’engouffre en silence à moitié recouverte de verglas

 

c’est elle qui vient vers moi

 

Donner tout son tendre allume mal le feu

 

La forêt toute entière sent à peine ma présence une buée infime colorée de pourpre

 

Me voilà gibier devant la potence et mes blessures saignent malgré moi

 

Brisée mais libre dévorée mais divine je lève la tête

car le soleil ouvre ses draps

ma carcasse se recompose

 

Je ne suis plus le cœur qu’on bat

je dirige ma propre joie

 

 

Sur mon corps se dessine une dentelle qu’aucun regret ne brisera 

 

 

Pour comprendre ce poème il faudrait avoir l’âme d’un Chabrol, d’un Tavernier ou d’un Georges Lautner. Aussi surprenant que Les Seins de glace, un chef-d’œuvre un peu oublié aujourd’hui,  l’« Avaleur de joie » de Suzanne GALAGHER fait affluer de l’inconscient des icônes portant les traits des Brasseur, Delon et Darc, acteurs incomparables du film culte sur une guerre des sexes meurtrière. Ne manquerait presque que la musique de Sarde à la fois sereine, envoûtante et belle. Tragiquement belle ou belle tragiquement comme l’histoire dont l’écriture est brillante et sensible, mais terriblement incommodante. Si homme savait, si femme parlait. Pour que l’homme sache, il faudrait que la femme parle et on ne sait trop quel serait le profit pour l’un et l’autre. Mais certains sont encore persuadés qu’il n’est d’amour possible sans non-dits, sans faux-semblants et c’est peut-être vrai, surtout du côté de l’amante qui parfois « déteste ça » sans jamais l’avouer. Tout est dit dans ce poème terrifiant et dont on ressort presque honteux d’être du parti des « animaux ». Au reste cette hypothèse de lecture peut-elle être satisfaisante tant le lexique de Suzanne GALAGHER est révélateur d’ignominie ? Une façon comme une autre de se consoler ? Peut-être. Mais franchement comment ne pas être troublé par le ton et par le ressenti, un mélange subtil et hétérogène de malaise et d'érotisme, de plaisir inavouable de voyeur invité ? D'autant que, se dit-on, tout finit par une libération du corps et de l'esprit... Une telle bassesse, une telle abjection mâle peut-elle traduire métaphoriquement les « je t’aime moi non plus » gainsbourgiens, ou les « je suis à toi »,  « tu es à moi » des amants passionnés ? La « peur », le « désespoir »,  les « blessures », les « brisures » connotent davantage le viol ou l’inceste à moins qu'il ne s'agisse du drame de la frigidité ?... Et si tel n’est pas le cas, on se demande où s’arrêtera l’univers fantasmatique de nos compagnes ! À la lisière d'un jeu pervers à la Mylène Farmer ? Les hommes sont lâches, c’est bien connu, et je n'ai pas trop envie d'en savoir davantage tant j'ai eu plaisir à lire ce poème. 

 

 

     

Marisol GARCIA MOYA

« Alors, aime-moi cher Monsieur »

 

« Cher toi…mes mots s’écoulent sur cette page, j’y laisse une partie de moi, chère âme de mon âme. Tes yeux les percevront peut-être pour qu’ils restent ici et maintenant…comme une promenade d’amour que nous ferions toi et moi et je te dirais : “Aime-moi cher monsieur… autant que je t’aime ” » 

 

Hier j’ai laissé des cœurs douloureux

Des espoirs solitaires

De tendres amoureux

 

Hier j’ai laissé la soif d’un désert

Le vent des aveux

Celui de la misère

 

Hier j’ai prié pour toi pour eux

Pour que l’homme se réveille

Et se découvre heureux

 

Hier j’ai voulu simplement être

La réalisation de tes vœux

Pour que je ne sois plus un rêve

 

Maintenant je te fais un aveu

Devant le jour qui se lève

En te caressant les yeux

 

Maintenant que j’ai vu passer l’hier

Je laisse les caprices aux dieux

Et à toi, mon âme tout entière…

 

Et peu importe si demain il pleut

Il effacera les frontières

Pour un ciel toujours plus bleu

 

Tes mots remplissent mon univers

Vêtus d’un air affectueux

Ils dansent sur mes paupières…

 

Est-ce ainsi que les couplets amoureux

Courtisent à en faire pâlir le soleil ?

Alors aime-moi cher monsieur…

 

 

On connaissait l’amour tendre, l’amour léger, l’amour vache, l’amour passionné ; Marisol GARCIA MOYA va jusqu’au bout de la déclinaison jusqu’à l’amour humour, né d’une distanciation paradoxale entre le sentiment exprimé et l’éloignement induit par une formule de politesse peu en accord avec un tutoiement attendu. Même le correcteur grammatical word s’insurge par des ondulations vengeresses sous « Aime-moi, cher Monsieur ». « Comment, dit cette machine à traquer les incohérences, comment peut-on appeler « cher Monsieur » (donc quelqu’un qu’on ne connaît pas) un homme qu’on ne vouvoie pas et qui, tout le laisse supposer, partage sa couche ? Illogique, absurde ! Un marivaudage contemporain où les personnages ne ressemblent ni à leur fonction ni à leur emploi ? Un travestissement psychologique et social à la Feydeau ? Mais alors, c’est parfaitement immoral ? Pas du tout ! Ce badinage galant et superficiel s’exerce dans un milieu tout à fait convenable. C'est une question de temps, voilà tout ! Finalement, ce n'était pas si drôle que le laissait supposer le préambule. L’amour, c’est comme une maladie, donc c'est du sérieux : il faut bien qu’il y ait un avant et un début, et le début c’est l’aujourd’hui qui succède à un hier « douloureux », un hier de « misère » peuplé d’ « espoirs solitaires » et de « tendres amoureux », un univers onirique dont l’imagination se contente faute de concret. Après la pluie le beau temps, dit la sagesse populaire et le « vous » s’est éveillé et s’est métamorphosé en  « tu », un « tu » caressé et caressant, un « tu » comblé et qui sait assez rassasier pour l'emporter sur les stratagèmes des dieux (pauvre Amphitryon berné par Zeus !), après les charmes préliminaires, après les mots creux du courtisan. Enfin, aujourd’hui, les mots semblent avoir conquis la plénitude de leur signification. Pourquoi alors s’inquiéter de savoir si demain il pleuvra ou si « le ciel toujours bleu » sera encore capable de « faire pâlir le soleil » ? Certes, l’amante de Marisol GARCIA MOYA croit à l’irréversibilité de cette passion-là. Alors, pourquoi continuer à l’appeler « Monsieur », ce tu-là, et quel besoin a-t-elle de le prier de l’aimer ? 


 

 

Nicole GAUTHÉ

« Les wagons du "bonheur" »



 

Berceau, où naît l’amitié

Ô toi, passeur de rêves

N’oublie personne en chemin…

Hommes, femmes et enfants

Esseulés tendent leurs mains…

Ultime espoir qui se lève,

Réchauffe l’humanité.

 

Berceuse, vers l’enfant

Ô bel ange, dépose

Nos notes sur ses ans,

Harmonise ses droits…

En ces lieux, tes élans,

Un cri fort se pose,

Résister aux levants…

Sur l’avenir sois roi…

 

Bonheur, sois un vagabond.

Ondine et douce ronde,

Neuf de foi, ta loi abonde…

Hébergé dans les bas-fonds,

Éternels feux de ce monde,

Un pour tous, de tout inonde…

Roi ou reine de cœur, fais-toi don

Sans jamais blesser la raison.

 

Baume au cœur, cet ami est un sourire…

Offrir ses clefs, édifie son paradis...

Nuances et bienfaits, au val des dires

Honorent son hôte, l’érudit…

Éveil et plénitude, au bal des rires

Unissent leurs pas, malgré les maux dits.

Révélant sa joie, que son aise inspire…

Saluant sa balade, en ces lieux démunis.

 

 


Nicole GAUTHÉ sait-elle que le Front populaire, en même temps qu’il instituait les congés payés, mit en place un service de transport pour les ouvriers les moins fortunés et leur famille ? En fait, ces « trains du plaisir » existaient déjà à la fin du XXe siècle et l’écrivain Herpin, dans La côte d'Émeraude, (1898) décrit tout le pittoresque de ces « hordes de touristes » venus de Pontorson, d’Antrain, de Dol, de Combourg, de Rennes et de Paris, entassés dans les  « Les wagons du “Bonheur” » pour profiter de la mer.  On se plaît encore à imaginer en 1900 comme en 1936, la « bruyante enfilade de wagons » à la queue leu leu derrière la locomotive, comme les strophes acrostiches de ce train.  Notre poète, à défaut d’avoir ressuscité les machines,  a retrouvé l’esprit de ses hôtes.  Rien que du bonheur né de la variété des genres et des particularités. Herpin célébrait le « petit bourgeois  entouré de sa réjouissante nichée  [flanqué de sa] bourgeoise bien rondelette sous son tablier, bien réjouie dans sa coiffe originale ».  Le poète passe en revue « hommes, femmes et enfants » qui quêtent l’espoir ;  l’ange consolateur, veilleur d’enfance, en une strophe magnifique où la métaphore allégorique file comme un train moderne ou comme une berceuse à mille temps ;  le bonheur vagabond  « neuf de foi », « un pour tous [qui] de tout inonde » de ses largesses ;  l’ami, le « baume » et le « sourire », qui donne tout ce qu’il possède jusqu’aux clefs de sa maison, à son hôte « l’érudit ».  Et tout cela finit en rires, en aise et en joie, malgré la pauvreté du décor.  Et on a envie de finir la journée avec M. Herpin quand, arrivé au soir, « le train de plaisir s'offre un joli souvenir de Saint-Malo, par exemple une boîte de coquillages qu'il placera sur sa commode entre deux coloquintes ou deux boules de verre ».  Finalement, si l’on devait tirer une morale de ces histoires parallèles, on pourrait dire qu’il faut bien peu de choses pour rendre les gens heureux et que nous sommes tous un peu chefs de gare, contrôleurs ou passagers du train de plaisir de M. Herpin comme des « wagons du “bonheur” » de Nicole GAUTHÉ.

 

Le poème de Frédérika Landolphe, Grand Prix 2012, occupe logiquement la première place de nos critiques. 

Bientôt les trois suivants, par ordre alphabétique.

À bientôt,

Bernard BONNEJEAN

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13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 14:38

 

Déraisons et Rimes 2012


Nicodème CAMARDA, CB RACHEL, Daniel ESVAN

 

 

 


Chers amis d’over-blog, de facebook, de google, de twitter, de LinkedIn, 
et d’ailleurs (sites poétiques personnels, blogs, etc.),
 

Fathia Nasr, oui toi, c'est à toi Fathia que je m'adresse. 

Ton logo nous a accompagnés tout au long de cette année 2012 et une bonne partie de l'année 2011, jusqu'à ce que tu décides que tu n'avais plus de temps à nous consacrer. Soit, il faut comprendre : il faut bien gagner sa vie !

Nous ne te remercierons jamais assez, Fathia. 

Après tout, c'était à nous de nous adapter, car Valeriu Butulescu l'a bien dit :

 

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« Les critiques voient la musique 

et entendent la peinture. »

 

Merci, chère Fathia, et je te souhaite sincèrement de ne jamais prostituer ton talent aux contingences alimentaires au point de devoir manger avec des baguettes !

Bernard Bonnejean

 

 

 

Nicodème CAMARDA

« Pour la Saint-Jean »

Sors l'harmonica, Monica

Pis joue-moé une toune, on s’en va

Faire le chemin qui mène au pays

Placarde une note sur le deq « Croquenotes partis pour Québec ! »

Quant aux voisins on leur jouera

 

Un petit air d'harmonica

En bleu en blanc et en grenat

En chantant :

En route Québec !

 

Dansez rigodons, set carré

Bottine Souriante,

Mes Aieux

Volée d'Castors et Vent du Nord

 

Chantez bonhommes gigueux

Drilles,

Charbonnier de l'Enfer

Tam-Tam et Rapetipetam 

 

Sors-moé du Canada Monica

Pis joue moé d’l’harmonica

Des airs de lys dans les yeux

 

De chaleurs, de sainte flanelle,

Et de bonyeu ! Des airs heureux,

De Saint-Jean-sur-Richelieu

 

On chantera à La Belle

Adieu Province !

Bonjour Pays

Bonjour aux Saint-Jean de la vie

 

Debout Amours !

Gens du pays !

Joyeux lurons, accordéons !

Jouez de Hull à Blanc-Sablon !

 

Avec les Vigneault, les Miron

Flottez étendards, calicots

De Port-Royal à Saint-Malo

 

Dansez fleurons québécois

Poètes et têtes de bois

Fiers cœurs maître et rois

 

Courez soleils amoureux

Hivers rigoureux.

Fêtez

Viraillez Galarneau libérés

 

Sors l'harmonica Monica

Pis joue moé ma toune préférée

Sur le chemin d'la liberté

 

Un petit air d'indépendance

D'ébriété entre les anses

En état de « Nouvelle France »

 

En route Québec !

 

Pays des jeunesses étudiantes

Des fleurdelisés et des becs

Des notes d'amours sur un DEQ

 

Pour la Saint-Jean

 

Le Québec !!!!!!!

 

 

« En France », dit un dicton, « tout finit par des chansons ». La vérité est, il faut bien l'admettre, que si chantent la radio, la télé, les téléphones et autres médias, les gens, eux, auraient plutôt tendance à déchanter. Nicodème CAMARDA, lui, est un Français de la Nouvelle France, le pays des chanteuses d'exportation un peu quétaines et sans doute aussi raquées avec l'âge. Mais aussi le pays des Félix Leclerc, des Gilles Vigneault et des Robert Charlebois. Et le fait est qu'à date on a de la misère à faire aussi bien. Il ne suffit pas d'avoir  les yeux dans graisse de bines pour mettre les nôtres pleins d'eau. Si on n'a rien dans la bobette, on n'intéresse que les braillards, et encore. N'empêche ! C'est ben de valeur si « de Port-Royal à Saint-Malo », au lieu de « danser rigodon et set carré » les « jeunesses étudiantes fleurdelisées » fêtent la Saint-Jean dans les manifestations de rues. De quoi capoter ! Est-ainsi que chaque torchon trouvera sa guenille ? On ne va pas débiner pour autant ou jouer les écornifleux mais on a quand même le droit de dire qu'on en a plein son casque. Enweille ! Montrez que vous n'êtes ni épais ni chicken ! Il faudra peut-être une bonne escousse avant de faire comprendre à vos politicards qu'ils sont à côté de la track mais que bientôt, à force d'être assis sur leurs steaks, ils seront bumpés. Ces faces à claques frais chiés ne sont que des gnochons guerlots, des guenilles à qui on fera bientôt jeter la serviette !  Mais rien ne vous empêche en attendant entre deux « petits airs d'indépendance » de faire comme l'ami Jacques, le cousin de Belgique, de guincher à la santé du roy de France. « Quand Jules est au violon et Léon à l'accordéon, il faudrait avoir deux jambes de bois pour ne pas danser la polka ». Il sera toujours temps après de passer la moppe. Sans cesser de ouatcher quand même. Et si vous prenez une débarque, c'est pas grave : ça arrive même aux pures laines. C'est un bon résumé de la philosophie de Nicomède CAMARDA ? Lui comme tous les poètes, c'est un ratoureux : au lieu de s'enfarger dans les fleurs du tapis, il commence toujours par se lâcher lousse avant la castagne. J'espère qu'un jour il me tirera une bûche. Tourlou !  

 


 
    

CB RachelCB RACHEL

« Prière d'un père à son fils »

Wasabi du zarbi, ma mémoire fait de l’auto-stop, 
Agonie de ma vie et de mes souvenirs fantômes dans ce labyrinthe, 
Regardez-moi, je suis au désarroi, devenu l’épave de vos tracas.
Mon fils passe me rendre visite,  je ne peux exprimer une émotion,  lui faire un reproche,
je manque de discernement. 

Qui est-il ? 
Mon fils, une amitié avant mon arrivée ? Je ne sais plus !
Mon âge mature a fait germer la gangrène dans ce cerveau sans artifice,
Ma voisine a une obsession pour la  soie, celle d’en face demande des colorations,
On veut me laver tous les matins et me faire manger comme un bébé, 

Parfois, une douce plénitude me tire et m’extirpe des images,
tel le grutier soulevant une partie de mon passé,
ouvrant un album photos géant.

Qui suis-je ?
Hier une femme pleurait dans le hall d’entrée, sa fille l’abandonnait,
elle partait en vacances et a déposé sa petite valise,

Elle est partie, le cœur lourd ou léger ? 
J’avais une nouvelle amie dans ma colonie.

Regardez-moi, je n’ai pas changé, lisez ma prière :

Votre père qui n’est pas au ciel,
que mon nom ne soit pas oublié,
que ma dignité soit respectée,
que ta main me tienne,
que ma fierté puisse te guider comme par le passé,
donnez-moi aujourd’hui votre amour éternel,
Et allégez mes peines comme nous rêvions de ma retraite,
Et ne me soumettez pas aux regrets,
Mais délivrez-moi du malin.

 

 

« Wasabi du zarbi »... Du berbère, du calédonien, du javanais ou de l'arabe ? En tout cas ça sonne bien. Une belle langue qui nous plonge directement dans l'exotisme ou plutôt dans l'étrange étranger. On rêve de se voir comme Usbek et Rika, les Persans de Montesquieu, étonnés de tout dans un milieu où ils ne retrouvent rien de ce qui ailleurs semble « normal ». Mais bien sûr que non, vous diront les initiés, c'est du verlan ! Des mots culs par-dessus têtes, qui mettent les charrues avant les bœufs et disent tout à l'envers,bizarres, avec un faux air métèque, inconnus, ignorés. Certes, mais c'est d'eux-mêmes, à eux-mêmes, et au cerveau (le leur) qui les a conçus qu'ils demeurent mystérieux. Une philosophie du langage, une réflexion sur la signification, un travail de philologue comme chez le poète suédois Östen Sjöstrand ? Si seulement c'était vrai ! Du travail ? oui, mais « du chapeau » disent les gens qui ne souffrent pas comme le fils du poème de CB RACHEL. Avez-vous déjà entendu cette expression prononcée par un de ces imbéciles qui ne « savent pas »,  bien qu'ils fréquentent les malades une bonne partie de la journée : « Il est à l'ouest ! ». La tête de ce père apathique, asthénique, amnésique, classé « GIR I » selon la nomenclature officielle de ces « maisons » spécialisées, est « à l'ouest ». Certains ajoutent : « C'est malheureux, tout de même ! C'était une tête ! C'est toujours à ces gens-là que ça arrive ! » Une tête orientée définitivement vers le soleil couchant... Et comme par hasard, l'orthographe s'est faite complice de la déchéance physique et intellectuelle de ces pauvres « épaves de nos tracas ». On leur a collé une étiquette, impossible à retenir, même avec des moyens mnémotechniques. Vous connaissez le début de cette fable de La Fontaine : « Un mal qui répand la terreur, / Mal que le Ciel en sa fureur / Inventa pour punir les crimes de la terre »... Trois vers et le fabuliste n'a toujours pas prononcé le nom épouvantable : « La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom) ». Ce n'est pas ce nom-là que CB Rachel n'a pas osé écrire, ce nom dont tous ceux qui savent ont reconnu les méfaits, ce nom d'une peste cérébrale resté coincé au bout des lèvres, difficile à écrire correctement : ALZHEIMER ! Prions avec notre poète pour ces pères et ces mères orphelins de leurs propres enfants : « Que ma dignité soit respectée (oh oui !) /Mais délivrez-moi du malin ». 

 

Daniel EsvanDaniel ESVAN

« Tempête sur les roches de Créac'h »



La roche qui gronde sous la vague qui claque
D’un amour passionné, la jolie métaphore
Pour harceler la côte d’un perpétuel ressac
La marée et les vents unissent leurs efforts

Tumultueuse tempête, elle se donne en spectacle
La mer défend ses droits et montre sa colère
Sa furie légendaire ne connaît pas d’obstacle
Imposant son courroux à ébranler la terre

Une belle écume s’envole retombant sur la lande
Comme neige légère posée comme une offrande
Le décor se dresse magique et romanesque 

Rumeur assourdissante d’un combat sans merci 
Hante par sa violence de fabuleux récits
Sa représentation est toujours pittoresque



Créac'h, avant tout, c'est un phare, construit en 1863 sur une des îles du Ponant, peut-être la plus célèbre : Ouessant. Il est vieux, pensez-vous ? Ce monument classé depuis novembre 2010 est aussi le plus puissant d'Europe. Inutile de commenter ou d'extrapoler ! Disons que c'est un fait. Daniel ESVAN nous invite à l'une des plus spectaculaires scènes de ménage du monde vivant ! Au début étaient la mer et l'océan. Ils se laissèrent conquérir et domestiquer sans trop de difficultés tant qu'il s'agissait de se laisser chevaucher par des bateaux égyptiens ou grecs. De temps en temps, il fallait seulement rappeler à l'homme qui était le maître et les Grecs, marins fameux et consommés, apprirent simultanément à aimer la mer, à la craindre et à la haïr. On se souvient du cri de joie des 13 600 soldats macédoniens, les « Dix Mille » lorsqu'après des mois d'une longue errance continentale ils aperçoivent le Pont-Euxin derrière la montagne : « Θάλασσα !   Θάλασσα ! ». Un grand moment de liesse que Xénophon raconte dans l'Anabase et qui ferait presque oublier les douloureuses aventures d'Ulysse lors de son retour à Ithaque. Si le mari de Pénéloppe avait connu le phare, il aurait évité à son épouse de s'abimer les yeux à des travaux de broderie superflus. Quel beau couple que le phare et la mer ! Lui, mâle et droit comme un i, qui ne bouge pas d'un pouce dans le tumulte des chocs, des saccades et des tamponnements, l'oeil du maître toujours aux aguets, toujours prêt à protéger et à guider au milieu d'une lutte brutale et sensuelle ; elle, femelle, toute en ondulations et en rage sonore, furibonde, onduleuse et sinueuse, qui sait frapper au besoin jusqu'à détruire et à tuer. Un beau couple, certes, mais comme le jazz et la java de Nougaro : pas de tout repos. Ils s'aiment ces deux-là, « d'un amour passionné, la jolie métaphore ». Daniel ESVAN m'aura convaincu d'une réalité que je n'avais jamais imaginée auparavant : la mer est féministe ! Après tout, « elle défend ses droits ». Et il fallait au moins un sonnet pour rendre compte de son « combat sans merci » contre ce grand benêt du Créac'h, qui se prend pour son ancêtre ptoléméen d'Alexandrie, comme si Ouessant était plus invincible que Pharos !    

 

 

Bientôt les trois suivants, par ordre alphabétique.

À bientôt,

Bernard BONNEJEAN

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  • Bernard Bonnejean
  • Docteur ès lettres modernes, maître en lettres classiques, tour à tour instituteur, PEGC français-histoire, certifié de lettres modernes, et agrégé en lycée, en BTS, et Université.
  • Docteur ès lettres modernes, maître en lettres classiques, tour à tour instituteur, PEGC français-histoire, certifié de lettres modernes, et agrégé en lycée, en BTS, et Université.

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